« Tu ne serais rien sans lui » crie princesse Souria à son homme de main. Celui-ci attend de son mari - statut en devenir dont l’espoir se meut en mélancolie - des visas pour extraire sa famille d’une zone de guerre. Si cette phrase est prononcée ce n’est que pour rendre explicite ce qui sous-tend ce qui lie les personnages entre eux.
L’ironie ne vient pas de l’énoncé mais de l’énonciatrice : elle ne serait rien non plus sans lui, ce pourquoi elle se donne entièrement jusqu’à littéralement s’y perdre. Laura non plus ne serait pas grand chose, perdue et accrochée au salaire qu’il lui permet.
Les quelques moments d’unions - on pensera à la sortie en trottinette, malaise de la réalité hors de cette tour d’ivoire, puis la soirée avant la catastrophe - montrent que pour qu’une conscience de sa condition soit possible, elle doit viser le commun et pas l’achèvement d’objectifs individuels. D’où ce sentiment de trahison qui nous vient des actes de ce brave majordome.
On regrettera quelques écueils de réalisation, dont le principal reste l’enchaînement des événements sans transitions. Elles deviennent amies d’un coup, lui aussi les rejoint rapidement, puis tout s’arrête et cette fin brutale, sans alternative, aurait pu être plus travaillée quant au message qu’elle cherchait à transmettre. Un autre problème reste l’inconsistance des personnages.
Dans son film précédent, Diamant Brut, Malou Khebizi avait une histoire, des rêves, des peurs. Ici, il n’en est rien et c’est bien dommage car malgré son jeu brillant, comment s’y attacher, s’y identifier, la comprendre ? Bien sûr elle incarne ce regard intrusif de petite sourie que nous donnent à voir les caméras de surveillance.
Pareil pour la princesse et le majordome : on ne les connaît pas. Que le prince nous reste inconnu a par contre toute sa pertinence. Il est la condition de cette situation et la dirige de loin, sûrement à l’image de ce qu’elle représente pour lui : un passe-temps et quelques dépenses.
Ce film a le mérite de montrer la structure pyramidale du pouvoir mais surtout comment il repose sur celles et ceux qui sont en marge. La précarité ce n’est pas être « pauvre », c’est être dans le besoin et sous la dépendance d’un tiers susceptible d’y remédier. Subalterne n’est pas un métier, c’est une condition.