Lora, jeune femme issue de la banlieue populaire, se fait engager dans la garçonnière d'un prince du pétrole. Elle se lie d'amitié inattendue avec la maîtresse.
Triangle d'or aborde un sujet original pour le cinéma français : les demeures des ultra-riches comme zones de non-droits, où l'exploitation des domestiques côtoie l'élimination de gêneurs. Le film traite ce sujet bien en deça de ses matériaux réels. Les cas d'esclavage moderne documentés par la presse révèlent des réalités bien plus accablantes. On se souvient du journaliste saoudien liquidé à son ambassade.
Le scénario pèche par manque de crédibilité. Confier l'entretien d'un hôtel particulier entier à une jeune femme sans expérience ni capacités évidentes, à elle seule, pourquoi pas...
Et l'amitié entre Lora et la maîtresse ambitieuse qui rêve d'être légitimée comme seconde épouse constitue le cœur du film. Elle demeure invraisemblable. Il manque des étapes pour justifier ce rapprochement. Le moment de vulnérabilité de la maîtresse, pensé pour crédibiliser leur complicité, paraît forcé. La sororité, thème à la mode, gomme le fossé des classes et la question de la servitude. Il me paraît peu plausible que la maîtresse, qui a réussi à séduire sa highness avec le tact qu'il faut, commette un geste aussi imprudent qui conduira à sa perte.
Le titre évoque un quartier parisien emblématique de l'hyper-richesse, mais cette dimension disparaît complètement. Le film s'enferme dans un huis-clos étouffant. L'unique échappée—une soirée en boîte de nuit—semble une diversion, une case cochée pour dénoncer la masculinité toxique sans y intégrer naturellement le propos.
Le fait que Lora veut devenir militaire ne joue pas du tout dans le film, surtout quand elle se prend des raclées.
La fin arrive comme si le troisième acte avait été oublié. L'amitié entre deux femmes s'arrête au commissariat : on ne peut pas faire une enquête ? Ok, je prend mon RER A à l'Etoile pour rentrer chez moi. Grande déception.
Il faut dire que Parasite de Bong Joon-ho a placé très haut la barre des films interrogeant servitude et inégalité.