J'aime vraiment découvrir la première œuvre des cinéastes car j'ai toujours eu le sentiment que c'est dans leur premier film que l'on peut déceler le talent brut du réalisateur et qu'une belle première impression permet d'augurer positivement de la suite de leur carrière pour certains d'entre eux. Je ne parle évidemment pas "des filles et fils de". Au cours de ces 15 dernières années, je dois dire que mon intuition fut la bonne lorsque j'ai découvert le premier opus d'une poignée de réalisatrices qui sortaient franchement du lot : je fais référence à Sciamma, Ducournau et Triet. On connaît la suite de leur carrière.
Est-ce que Hélène Rosselet-Ruiz suivra la même trajectoire ? Il est trop tôt pour le dire mais j'ai été sincèrement impressionné par Le triangle d'or. Et je ne serais pas surpris que la réalisatrice inaugure ici une belle carrière cinématographique.
Bien sûr, qui dit premier film dit accepter certaines imperfections largement induites par les contraintes de production. En réalité il s'agit moins d'imperfections que de contraintes de tournage qui s'apparentent à un vrai défi inaugural, voire à un rite de passage : 90 minutes pas plus, des décors naturels et des jeunes acteurs en tout début de carrière. Il s'agit de faire un film efficace et bien ficelé avec peu. D'où le recours quasi-systématique aux ellipses narratives qui accélèrent l'intrigue à moindre frais et quelques scènes secondaires un peu caricaturales faute de pouvoir pleinement poser la caméra. Le premier long de Hélène Rosselet-Ruiz n'échappe pas à cette conjecture. Alors oui, on peut ergoter sur l'apparition soudaine de la sororité entre les deux protagonistes ou une scène de drague lourde grossièrement mise en scène.
Mais pour le reste, j'ai été assez bluffé par la maîtrise technique et le rythme impulsé par la réalisatrice. Les trois acteurs principaux sont vraiment impeccables (Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri), et leur jeu apporte beaucoup de relief (et d'ambiguïté) à l'intrigue. Mais surtout le scénario est vraiment bien ficelé et original et aborde un sujet peu connu : la sinistre situation des maîtresses des princes du Golfe. L'unité de lieu dans l'hôtel luxueux du 16ème est un belle réussite de transformation d'une contrainte de tournage en un huis-clos étouffant. Le palace se transforme en un prison dorée et les femmes en objets achetables et jetables. Avec au surplus une vraie réflexion sur les conditions sociales de résistance (ou de soumission) au patriarcat.
Sans parler de ces oligarques des pétro-monarchies du Golfe auxquels la France déroule le tapis rouge lorsqu'il s'agit d'accueillir leurs dollars.
Le Triangle d'or est une vraie réussite pour un premier film. Une œuvre captivante et maîtrisée. A l'état brut. Sans fioritures ni effets tapageurs.
Un film à découvrir, une réalisatrice à suivre.