Aux zombis qui perdent leur temps, nuit et jour hypnotisés par leur écran de poche en une pseudo réalité, je conseille Le Vertige, un film d'animation d'une réjouissante liberté. L'idée initiale est accrocheuse : Jacques se rend aux aurores chez son ami Bruno pour lui annoncer une Révélation : rien n'est vrai car l’humanité vit dans une Simulation… Des voix d'acteurs (Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier) incarnent des personnages bricolés aux gestes heurtés, qui nous ressemblent étrangement. Ne sommes nous pas devenus le reflet déformé d'un univers numérique fantomatique ? Se faire écraser aveuglément dans la rue ou croire à d'invraisemblables complots ponctuent notre banalité quotidienne. Le scénario inventif du Vertige multiplie les situations cocasses : le bébé de Bruno naît sans cordon ombilical, un pigeon fait du surplace dans une bouche d'égout, un ascenseur rend possible l'ubiquité... Pour Jacques, ce sont des bugs. Mais nos vies de spectateurs somnambules s'insèrent aisément en une suite logicielle de bugs. S'immerger sans mesure dans un ersatz de réalité nous expose à des avanies comiques et dérisoires. Quentin Dupieux s'amuse avec ses histoires de réalité introuvable et de miroirs fracassés. Un dessin grossier donne aux personnages des airs de morts vivants, créatures des limbes, et des corps de rebut à jamais prématurés. Le truc de la tête écrabouillée d'un prophète, qui délivre un ultime message de ventriloque - sans queue ni tête, est un increvable classique du music-hall. Sur ce, je t'embrasse, Liberté chérie !