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le 11 juin 2026
SuivreUn entre-deux raté !
Cette critique est celle d'un admirateur de Quentin Dupieux qui a apprécié chacun de ses longs-métrages depuis Réalité (même si j'en ai aimé certains qui sont antérieurs !), qui a défendu même ses...
Le très prolifique Dupieux présentait cette année deux films sur la Croisette, et l’on sait qu’un troisième, occasionnant des retrouvailles avec Eric et Ramzy, est déjà prêt. La fatigue et la redite menacent, et sont clairement à l’œuvre dans Full Phil, qui n’a pas encore de date de sortie, mais il faut bien reconnaître que la proposition du Vertige donne raison au rythme soutenu du cinéaste, qui trouve encore le moyen d’expérimenter. Les thématiques restent les mêmes (instabilité du réel, absurdité du quotidien, stupidité généralisée des personnages), mais le cadre évolue dans une animation rudimentaire qui renvoie aux premiers jeux vidéo, par l’esthétique machinima, qui excitera autant la nostalgie des gamers de la première Playstation qu’il travaillera le malaise de l’uncanny valley. L’esthétique de Dupieux a toujours joué sur la ligne claire, en osmose avec la simplicité des situations et le premier degré avec lequel il saisissait des figures enfermées dans un monde à la fois lisible et dénué de sens. Le travail sur l’animation creuse cette approche, dans une première partie où la prise de conscience d’être dans une simulation conduit le personnage (incarné par Chabat, déjà une voix délicieuse chez Dupieux dans Fumer fait tousser) à traquer les bugs, sorte de florilège des étrangetés presque poétiques qui ponctuaient les jeux vidéo d’antan. Les dialogues, qui patinent avec une inefficacité comique, poursuivent ce regard à la fois amusé et désabusé sur une humanité prête à tous les compromis pour éviter de s’interroger et déchirer le voile des illusions, que ce soit dans la naïveté bornée du personnage de Cohen ou l’insistance hors sujet de sa compagne (Demoustier) sur les conversations autour de l’argent.
Reste à donner à ce sujet initial, déjà fort exploité depuis Matrix (cité à plusieurs reprises), un second souffle et un développement qui dépasserait le stade de la découverte. Alors que Dupieux bat des records en termes de brièveté (1h07 ; déjà atteint dans Yannick), le récit se permet quelques flottements assez singuliers avant une brutale ellipse qui rebat de manière assez habile les cartes. La misanthropie du cinéaste continue à s’exprimer à travers la trajectoire des personnages, tout comme ce goût pour un surplomb en forme de sabotage narratif qu’on pourrait considérer comme une facilité.
(Spoilers)
Mais dans cette satire des Keynotes et des gourous de la tech, où l’on vend des boîtes vides qui se contentent de satisfaire l’ego trip et la soif de sensation de l’utilisateur, le récit déploie des symboles vénéneux sur une humanité en fin de course, où le drama traditionnel des individus devient une matière première stérile et risible. La question existentielle du reflet, renvoyant à une tradition philosophique ancestrale, présente dès la Caverne de Platon, vaut autant dans sa dimension méta (les personnages dans une fiction, reflets de l’intention d’un créateur) que politique et sociale, les originaux vivant leur meilleure vie au sommet d’un building (référence à Metropolis ?) tandis que leurs reflets tentent de donner du sens à leur figuration en s’égarant dans le mensonge, le profit et la trahison. Demiurge et nantis, à jamais au-dessus de la mêlée, dans une impunité qui innerve le bas peuple d’indignations et de ressentiments propres à donner un semblant d’élan à une survie dépourvue de sens.
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le 11 juin 2026
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