Que ce soit en brisant le quatrième mur de Au Poste ou Yannick, ou en brouillant les pistes du Deuxième acte ou de Réalité, Quentin Dupieux n’a eu de cesse de sonder le vertige qui existe sur la frontière entre le réel et la fiction. Pour sa première incursion dans l’animation, il n’est pas étonnant de voir le prolifique réalisateur retourner sur ce terrain.
Dès les premières minutes, Le Vertige annonce son plan de comédie existentielle. Dans un monde animé si grossièrement qu’il en paraît évidemment factice, Jacky (incarné par un Alain Chabat sorti essoré des mondes parallèles de Réalité) est persuadé de vivre dans une simulation et tente de convaincre son copain Bruno. Voir des personnages à tête de polygones animés de manière aussi pérave se demander s’ils sont réels est déjà irrésistiblement hilarant, mais Dupieux a l’art de pousser le grotesque jusqu’au bout. C’est en se focalisant sur des bugs abscons (type un ascenseur présent à chaque étage) que Jacky a acquis la conviction qu’il n’est pas réel, alors même que tout son environnement sonne faux, ne se rendant même pas compte que son corps traverse chaque objet qu’il touche.
Coutumier de la sobriété en ayant l’habitude de se reposer allègrement sur ses pitchs géniaux, Quentin Dupieux ne se permet aucune fantaisie dans son animation, qui a justement pour intérêt de tout se permettre. Le Vertige n’est constitué que de simples champs-contrechamps dans une cuisine, un salon ou un parc, s'ingéniant à être anti-spectaculaire. Aussi germe l’idée que c’est précisément à cause de la navrante banalité de cet environnement que ces personnages ne peuvent se résoudre à penser qu’ils sont fictifs, car qui inventerait un monde pareil ?
Le film révèle le regard cynique de Dupieux sur notre monde, mais échoue hélas à provoquer le vertige promis par le titre. On regrette que le réalisateur ne soit pas allé au bout de son idée pour interroger directement le spectateur d’aujourd’hui, qui n’a jamais eu autant la capacité de créer un monde aussi facilement, à coups de prompts. Cette histoire de reflets dans le miroir n’est vertigineuse que pour les personnages qui préfèrent croire à un frisson métaphysique plutôt que de voir l’absolue inconséquence de leur existence.