Symptomatique du cinéma de Dupieux depuis quelques productions maintenant, son nouveau film repose sur un concept qui durera le temps d’un moyen métrage en jouant la carte d’une idée aussi originale que farfelue. Ici la mauvaise reproduction 3D digne des graphismes de PS1 sont à la fois l’atout majeur et le fil rouge comique de l’intégralité du film, avec certes des décalages accentués par l’absurdité de la modélisation mais aussi une décevante platitude à l’écriture.
Il y a un effet très marquant et hilarant à voir des scènes de tranche de vie d’un sérieux absolu à être tournées avec cet effet hideux et démodé. Beaucoup des scènes de tension et de doute jouent sur cette ambiguïté entre gravité à part entière du ridicule qu’elles inspirent. Le choix des acteurs est d’ailleurs à mon sens parfait, on a souvent cette habitude avec Dupieux de voir des acteurs comiques bloqués dans les mêmes performances qui sortent de leur carcan pendant leur passage chez M. Oizo. J’avais déjà été extrêmement surpris de la qualité de la performance de Jonathan Cohen lors de « Daaaali » (nombre de « a » hasardeux) mais ici il brille tout autant par son craquage mental en plusieurs étapes que par son scepticisme.
C’est peut être d’ailleurs le point fort du film que d’avoir en conclusion une intense scène de confrontation portée par Alain Chabat et Jonahan Cohen qui ne brisent pas le fond sérieux de la scène déjà amusante par le contraste de sa forme insensée.
Néanmoins et c’est peut-être ce qui me bloque désormais dans le cinéma de Dupieux et dans la plupart de ces nouveaux films, même si le film est drôle et que son concept est original, il se repose énormément là-dessus sans innover, sans surprendre. C’est le même symptôme que dans « l’Accident De Piano », « Daaaaaali », ou encore « Yannick » dans lesquels passé le concept du film, ce dernier s’essouffle et rame à travers un humour maladroit qui tente d’arracher des rires faciles. Non « le Vertige » n’a pas la créativité d’un « Fumer Fait Tousser », les dialogues de « Mandibules » ou les plans d’un « Incroyable Mais Vrai » et c’est dommage.
Pourtant tant de choses sont promises, il y a une idée de simulation et donc de monde réel, on enchaîne les constructions 3D bugués qui prêtent à sourire et des effets burlesques renforcés par ces dernières, qui appellent à une escalade de l’étrange (qui n’arrive jamais). Il y a une attente en tant que spectateur à ce que le film parte dans tous les sens et à ce que la modélisation serve un propos plus grand, plus fou, plus drôle. Le scénario n’avance pourtant pas, les scènes se concentrent sur la performance des deux acteurs phares et il faut le dire qui jouent splendidement malgré la grande difficulté de ne faire que doubler des avatars 3D difformes. Il y a une sorte d’écueil dans lequel tombe Dupieux qui est celui de faire durer la scène trop longtemps pour créer une gêne comique. Cela définit l’irrévérence de son cinéma mais ici ce n’est pas suffisant compte tenu des nombreux nœuds qui restent en suspens et du rythme lent ressenti dans un film à peine plus long qu’une heure alors que le gag central du film aurait permis d’en faire plus.
J’ai ri plusieurs fois c’est vrai, les blagues sont bonnes et très bien exécutées mais elles ne rattrapent pas le reste du film qui peine à se démarquer, et encore une fois, passé un mois il rejoindra le cimetière des idées oubliées et des films qui ne donnent pas envie d’être revu.