Une vraie déception. Mais il faut reconnaitre à Dupieux le mérite de la prise de risques. Bon, comme je l'aime bien, je ne note pas trop sévèrement tout ça pour dire que j'aurais pu être bien plus méchant. Alors, ça a du être très amusant de bidouiller les images pour encapsuler les décors et les acteurs dans une imagerie qui n'est pas sans rappeler les simulations (genre les sims) des années 90. Mais la contrepartie en est que les jeux d'acteurs sont presque totalement annihilés par les enveloppes virtuelles de leurs personnages. Or, les films de Dupieux reposent dans une mesure importante sur les performances de leurs interprètes : citons Yannick, le deuxième acte, l'accident de piano, incroyable mais vrai et aussi plein d'autres. Et là, on ne voit guère que leurs visages s'animer. Et peut-être est-ce finalement pour cela que les dialogues paraissent en deçà de ce à quoi j'étais habitué.
Après, l'idée de base n'est pas mauvaise et le côté disons sociétal du film tape plutôt juste. Le vertige : cette sorte d'angoisse existentielle que tout un chacun peut rencontrer lorsqu'il réfléchit un tant soi peu à ce qu'est le monde dans lequel il vit. Ça, c'est plutôt bien vu. Ce mix de paranoïa vaguement complotiste et de peur face à un monde dont la composante virtuelle est de plus en plus présente dans le quotidien des gens. Et puis quelques morceaux de bravoure comme l'accouchement, l'accident avec le bus, et ce final qui sauve un peu le film avec l'escroquerie (bien sentie sur ce coup là) du Reflectus. Mais je reste convaincu que le film aurait gagné en ressorts dramatique et comique à alterner images réelles et images virtualisées : ces dernières auraient par exemple pu être réservées à ces morceaux de bravoure dont j'ai parlé un peu plus haut.
Bon après, ça ne dure qu'une heure et sept minutes et Dupieux sait enchainer les films low tech à petits budgets. Gageons que ça va rester une péripétie dans une œuvre par ailleurs très riche : après tout, quand on tourne beaucoup, on a plus de chances de se rater de temps à autre.