Encore une année et encore un film de Dupieux (en fait, deux). Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le quinzième film du réalisateur (mais son premier d'animation) reprend une recette utilisée jusqu'à la nausée : un humour absurde, des réflexions philosophiques au 36e degré, des éléments paranormaux, une ode à une époque (les jeux vidéo des années 1990), une troupe d'acteurs fidèles (Anaïs Demoustier, Alain Chabat, Jonathan Cohen...). Et comme souvent, la créativité sans limite de Dupieux fait mouche. L'animation pixelisée, les visages approximatifs de Chabat et Cohen, les éléments toujours plus absurdes les uns que les autres (l'accouchement, le pigeon, l'obsession des discussions sur le fric, l'accident...), et même la critique très attendue d'un Steve Jobs créent une ambiance toute particulière, et on se laisse facilement prendre au jeu.
Le véritable défaut du film, sans aucune originalité pour un Dupieux, c'est sa durée. Comme si le réalisateur ne croyait pas du tout à son projet, que son film n'est qu'une vaste blague, un prétexte pour une seule originalité (ici, les pixels) et que les spectateurs qui paient plus de 7€ pour le visionner en salles sont des pigeons (eux aussi bloqués à l'infini devant sa filmographie). Le thème de la simulation est certes vu et revu, mais l'angle comique et absurde est pour le coup relativement original. Après la première partie, où Chabat convainc son ami Cohen qu'ils vivent dans une simulation, le spectateur fait l'erreur d'en vouloir davantage : comment ce mystère va-t-il être résolu ? La deuxième partie commence et finit par deux deus ex machina (une rencontre et une séparation bien téléphonées) qui clôt plus ou moins tout mystère, d'ailleurs de façon tout à fait décevante. Avant un épilogue en forme de critique anticapitaliste et un tout dernier retournement de situation, lui aussi sans surprise. Je ne sais pas si Mr. Oizo est devenu flemmard, ou bien plus sûrement moqueur (vous l'avez ?), mais il y avait largement de quoi développer davantage l'histoire et l'univers.
Mon rêve, c'est de revoir Dupieux croire en ses projets, en sa créativité et en son ingéniosité. Mon rêve, c'est Réalité.