Quentin Dupieux expérimente à nouveau. Ici le dispositif technique est réduit à une animation rudimentaire qui évoque celle d’un jeu de Nintendo 64. Elle sert (plus ou moins) le discours puisque le personnage incarné par Alain Chabat est persuadé que le monde n’est qu’une vaste simulation et il en fait part à son ami, campé par Jonathan Cohen. Afin de prouver ses dires il a établi une liste de 264 bugs recensés ici et là : une boulangère à huit doigts, un bébé sans cordon ombilical, un pigeon qui fait du surplace éternel dans une bouche d’égout. L’idée occasionne un dialogue parfois savoureux entre les deux amis – aussi parce qu’il s’agit de Chabat et Cohen – mais tourne rapidement à vide (les personnages citent Matrix, comme pour rappeler qu’on a déjà vu ça ailleurs, mais ce n’est pas du Baudrillard non plus) pour déboucher sur le sempiternel discours méta du faux et du vide existentiel. Ici d’une vie réelle dans le miroir qui reflète notre faux-monde. Et le film de s’achever sur un opportuniste gourou vendant des miroirs en plastique à une instance rêvant de ressentir ce qui se passe de l’autre côté. La même fin que Rubber ou Au poste, en somme. Dupieux n’a pas bougé. Le film dure 1h07 mais, contrairement au beau Yannick (même durée), il m’a beaucoup ennuyé et jamais fait rire.