Vittorio De Sica, ce grand faiseur d’ennui réussit sans effort à nous ennuyer plus qu’à son tour dans cette peinture de la misère mais pas autant qu’on ne l’aurait craint : on ne sait pas du coup si l’on doit s’en réjouir (le gars accumule les daubes à dormir debout dans toute sa carrière) ou s’en plaindre comme à l’accoutumée (les films à dormir debout, c’est sa spécialité !).
Toujours est-il qu’il s’agit des « Misérables » en Italie qui vendent leurs draps (sic !) pour survivre et récupérer la bicyclette qu’ils venaient de mettre au clou, car les colleurs d’affiche ont besoin d’une bicyclette (non fournie) pour se trimbaler l’échelle et le matériel (re-sic !). Le gamin de 6 ou 7 ans pour sa part ne va pas à l’école mais travaille à la station-service (sic ?!)…
Oui, l’Italie d’après-guerre, c’est la misère misérable. Mais De Sica n’aurait-il pas mieux fait d’en faire un simple documentaire plutôt que de nous abrutir avec cette pseudo histoire de recherche du vélo volé dans toute la ville ? Niveau violons pleurnichards, la musique nous assomme littéralement (on en rigolerait presque) alors que l’acteur principal Lamberto Maggiorani, pauvre hère perdu est véritablement habité par son rôle, surtout à la fin.
Et on le comprend, car les voleurs de vélos, on devrait les pendre haut et court comme on pendait les voleurs de chevaux dans le Grand Ouest, naguère. On devrait les scalper aussi. Et les guillotiner. Sales crevures.
Finalement, si un autre metteur en scène s’en était occupé et si on avait ré-écrit le scénario et effectué quelques coupes par la même occasion, on aurait peut-être eu un film intéressant. Avec de l’ironie et du recul. Là, tout de même, ça tient davantage du court-métrage d’un stagiaire qui s’est répandu sur une heure et demi que du vrai film digne de ce nom.