On ne sait rien du film. Immersion dans une immense forêt avec un homme et une jeune fille, dont les gestes primordiaux nous interrogent. Préparer et allumer un feu, recueillir l'eau de pluie, cuisiner des champignons. Pourquoi sont-ils là ? Aux aguets, ils écoutent sans cesse, s'inquiètent des bruits inhabituels. Un lien fusionnel les unit. Nécessité d'être ensemble, d'agir ensemble, de s'entraider. Est-ce un père et sa fille ? Que font-ils dans cette forêt très humide ? Et pourquoi ?
Je refuse d'en dire plus. Ce film est magnifique.
Le spectateur remonte en pensée aux sources de l'expérience humaine grâce à deux êtres tenaces et silencieux. Un instinct puissant les guide pour survivre dans une matrice de verdure oppressante. L'écoute est primordiale, tous leurs sens sont en éveil. L'intense relation de ces deux être atypiques va-t-elle basculer ? L'intervention de Rangers déclenche le compte à rebours. Et ce tic tac tisse patiemment la trame narrative, me passionne, rayonne de sensibilité et d'humanité.
De proche en proche, nous vivons le malaise existentiel de vétérans de guerre aux États-Unis, qui se remettent mal des traumatismes subis. La forêt peut-elle panser les brûlures du désert irakien ? "Ne laisse pas de trace !" commande Will à Tom. Se cacher en forêt est plus facile qu'au milieu d'une steppe désertique de sable et de cailloux. Les regards et les silences entre Tom et Will pèsent davantage que les mots, toujours menacés de détournement par la société, avec ses tests d'évaluations psychologiques et ses discours médiatiques.
C'est une expérience de cinéma étrange - une très belle 118ème cinexpérience en l'occurrence. "Leave no trace" de Debra GRANIK sortira en France le 19 septembre 2018.