8
le 18 mai 2016
SuivreSymphonie
Leçons de ténèbres s'ouvre sur une citation de Blaise Pascal, indiquant que le système solaire allait finir comme il a commencé, dans la beauté. Le lien avec le film ? La Terre fait partie du système...
Je ne sais pas ce que j'ai avec Herzog, mais ça ne combine (quasiment) jamais.
Ses plans sont magnifiques, la musique utilisée somptueuse, les sujets filmés bouleversants et réels, l'ambition de réalisation impressionnante... Mais cela sonne incroyablement faux.
C'est peut être bien sa voix-off qui m'irrite, sa voix anglaise tamisée dont on dénote l'accent germanique mais dont ressort surtout une cuistrerie agaçante, par exemple avec cette manière de contextualiser le mal aphasique d'une femme traumatisée et de donner à son interview une connotation anecdotique, perdue dans cet immense brasier de mise en scène.
C'est cet usage d'un ton sentencieux pour décrire la situation de ses sujets qui m'avait déjà indisposé dans ses Grizzly Man et Au cœur des volcans - Requiem pour Katia et Maurice Krafft, me conférant même une sensation de récital pervers. Contrairement au Pays du silence et de l'obscurité où il s'était très justement abstenu de tous commentaires, et c'était Rolf Illig qui narrait très discrètement et factuellement autour de ce sujet qui nécessitait, évidemment, de laisser toute la place à l'image.
Quand on est de l'Occident, quand on représente l'Allemagne (pays qui a largement contribué à la guerre du Golfe), et qu'on filme le désastre d'une guerre asymétrique et mensongère, peut-être n'est-ce pas le plus pertinent de styliser le désastre (sérieux quoi.. certains plans rappellent Apocalypse Now).
Particulièrement quand il s'agit d'y ajouter une bande son bien trop glorifiante et élévatrice, qui plus est provenant des œuvres de compositeurs européens (Wagner, Mahler, Schubert, Verdi, Grieg, Pärt) alors que la région regorge d'œuvres musicales à l'ampleur bien plus juste et légitime pour illustrer un tel sanctuaire.
Dans le cadre de cette micro-critique je suis allé me renseigner et il ne m'aura fallu pas plus de 10 minutes pour trouver des prétendants comme Khaled El Sheikh ou Ahmed Baqer dont les musiques sont précisément mystiques et tragiques : le morceau عيناكي (Tes yeux) de El Sheikh transposé aux plans aurait été grandement saisissant et adéquat au contexte.
User des ruines (et victimes) d'un conflit armé pour s'adonner à un exercice de style dans un élan aussi solennel (voire triomphal), c'est pitoyable. Intituler ce projet "Leçon de ténèbres" comme s'il était apte à instruire sur une notion aussi dévastatrice dont il ne connait rien, c'est minable.
Et je m'en veux d'avoir pris tant de plaisir à contempler ces images.
Je te donnerai encore tes chances Herzog car tes films sont bien trop vénérés, mais je n'en reste pas moins distant.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de 1992, Les films les plus prétentieux, Les meilleurs films de Werner Herzog et Vus en 2026
Créée
le 29 août 2026
Critique lue 29 fois
8
le 18 mai 2016
SuivreLeçons de ténèbres s'ouvre sur une citation de Blaise Pascal, indiquant que le système solaire allait finir comme il a commencé, dans la beauté. Le lien avec le film ? La Terre fait partie du système...
7
le 7 févr. 2015
SuivreOn est saisi d’un grand malaise au sortir de Leçons de ténèbres. Le projet d’Herzog touche un point de tangence, n’a rarement été aussi pervers. On est dérouté par ces images tirées du réel mais...
5
le 14 nov. 2011
SuivreDocumentaire sur ce qui est resté du Koweit après l'invasion par l'Irak. Les images sont très belles et intéressantes, le montage est bien fait, après tout, Werner Herzog n'est pas n'importe qui. Le...
8
le 24 déc. 2023
SuivreWilly Wonka fait parti de ces rares personnages adaptés au cinéma qui rajeunissent à mesure qu'ils font leur apparition dans un nouveau film.Originaire du célèbre livre de Roald Dahl sorti en 1964,...
5
le 15 nov. 2023
SuivreImaginez vous un instant être dans la peau de Coriolanus Snow. Un jeune adulte intrépide et ambitieux, le visage doux aux bouclettes dorées, sociable avec la Haute jusqu'à fréquenter le fils du...
7
le 4 janv. 2024
SuivreAinsi débute l'année 2024. Véritable hagiographie de la liberté sexuelle féminine, Poor things est une œuvre pleine d'humour à la texture d'image épurée et richissime de couleurs qui scande les...