Je ne sais pas ce que j'ai avec Herzog, mais ça ne combine (quasiment) jamais.

Ses plans sont magnifiques, la musique utilisée somptueuse, les sujets filmés bouleversants et réels, l'ambition de réalisation impressionnante... Mais cela sonne incroyablement faux.


C'est peut être bien sa voix-off qui m'irrite, sa voix anglaise tamisée dont on dénote l'accent germanique mais dont ressort surtout une cuistrerie agaçante, par exemple avec cette manière de contextualiser le mal aphasique d'une femme traumatisée et de donner à son interview une connotation anecdotique, perdue dans cet immense brasier de mise en scène.

C'est cet usage d'un ton sentencieux pour décrire la situation de ses sujets qui m'avait déjà indisposé dans ses Grizzly Man et Au cœur des volcans - Requiem pour Katia et Maurice Krafft, me conférant même une sensation de récital pervers. Contrairement au Pays du silence et de l'obscurité où il s'était très justement abstenu de tous commentaires, et c'était Rolf Illig qui narrait très discrètement et factuellement autour de ce sujet qui nécessitait, évidemment, de laisser toute la place à l'image.


Quand on est de l'Occident, quand on représente l'Allemagne (pays qui a largement contribué à la guerre du Golfe), et qu'on filme le désastre d'une guerre asymétrique et mensongère, peut-être n'est-ce pas le plus pertinent de styliser le désastre (sérieux quoi.. certains plans rappellent Apocalypse Now).

Particulièrement quand il s'agit d'y ajouter une bande son bien trop glorifiante et élévatrice, qui plus est provenant des œuvres de compositeurs européens (Wagner, Mahler, Schubert, Verdi, Grieg, Pärt) alors que la région regorge d'œuvres musicales à l'ampleur bien plus juste et légitime pour illustrer un tel sanctuaire.

Dans le cadre de cette micro-critique je suis allé me renseigner et il ne m'aura fallu pas plus de 10 minutes pour trouver des prétendants comme Khaled El Sheikh ou Ahmed Baqer dont les musiques sont précisément mystiques et tragiques : le morceau عيناكي (Tes yeux) de El Sheikh transposé aux plans aurait été grandement saisissant et adéquat au contexte.


User des ruines (et victimes) d'un conflit armé pour s'adonner à un exercice de style dans un élan aussi solennel (voire triomphal), c'est pitoyable. Intituler ce projet "Leçon de ténèbres" comme s'il était apte à instruire sur une notion aussi dévastatrice dont il ne connait rien, c'est minable.

Et je m'en veux d'avoir pris tant de plaisir à contempler ces images.


Je te donnerai encore tes chances Herzog car tes films sont bien trop vénérés, mais je n'en reste pas moins distant.

Créée

le 29 août 2026

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