À travers le regard d'un autre posé sur elles, les silhouettes de différentes femmes, à diverses époques. Leurs visages entremêlés expriment tour à tour les instants volés d'une liaison amoureuse sur la durée. Les sentiments naissants, la passion, les rires partagés... Puis, la lassitude, le point de non-retour, le ressentiment, la rupture... Et, ce qui se passe au-delà, avec les cris stridents de douleur marqués de leurs sangs respectifs à l'écran, achève d'emporter ce prologue dans les ténèbres.
En couple depuis plus d'un an avec Malcolm, Liz accepte d'aller passer un week-end avec lui dans son chalet au fin fond des bois. Là-bas, la jeune femme est peu à peu victime d'étranges visions...
"L'Élue", c'est un peu comme si quelqu'un avait donné une liste de mots-clés improbables à Oz Perkins ("un couple, un chalet, un tableau, un gâteau, de l'eau, des gens qui n'arrêtent pas de regarder au plafond, un cousin insupportable, des poissons, un mannequin ukrainien et une présence invisible") pour le mettre au défi de réitérer autour une des sublimes ambiances de film de genre dont le bonhomme a le secret (et qui est devenue sa marque de fabrique au fil de sa filmographie).
Comme d'habitude, Perkins ne se loupe pas sur ce point. Formellement, "L'Élue" se bâtit rapidement dans un climat où l'étrange est une donnée constante, avec une nébuleuse d'éléments incongrus disparates, hérités de visions ou non, que le réalisateur prend le soin de mettre en exergue à travers son sens indéniable de la mise en scène mais, bien entendu, en prenant un malin plaisir à retarder le plus possible la révélation du lien qui les relie pour en maintenir l'aura de mystère.
L'atmosphère est donc là mais "L'Élue" est peut-être le film de Perkins qui montre le plus que ses talents acérés de formaliste ne peuvent faire totalement barrage aux carences scénaristiques de la plupart de ses propositions, et ce qu'il les écrive lui-même ou non (ce n'est d'ailleurs pas le cas ici). De notre point de vue, ses derniers longs-métrages tels que "Longlegs" ou "The Monkey" les trahissaient déjà mais, en reposant sur un discours féministe très/trop rudimentaire et prévisible, "L'Élue" est celui qui se fait bien plus ressentir comme un exercice de style tournant rapidement en rond autour de finalités de fond bien moins énigmatiques que les évènements leur servant de couverture au cœur de ce chalet isolé.
De fait, à force de tirer sur la corde (sans trop de subtilité) sur la signification métaphorique des évènements dont est témoin/victime l'héroïne, la première heure s'enlise d'elle-même dans une forme de répétition et d'ennui, où les fulgurances visuelles, aussi réussies soient-elles, ne peuvent plus faire illusion face à un film qui tourne à vide sur ce point.
Certes, la dernière partie de "L'Élue" est évidemment réveillée par les apparitions bien plus frontales du surnaturel qui l'habite, Perkins a de surcroît la bonne idée de nous exposer sa nature -assez fascinante grâce à la singularité bien réelle de sa patte pour représenter sa vision tordue du fantastique- en évitant tout élément explicatif superflu afin d'en laisser certains contours dériver dans l'imagination du spectateur mais, là encore, ce ne sera pas clairement pas assez suffisant pour contrebalancer la faiblesse d'un récit dont beaucoup trop de choses se laissaient présager dans un apparat de réalisation ne pouvant les camoufler. Et même sur le court-terme, cette fois.
Malgré l'interprétation sans faille de Tatiana Maslany (déjà en jeune mère dans "The Monkey") pour tenir la barre, "L'Élue" n'a donc que très de peu de chances de passer au second tour des œuvres d'Oz Perkins valant vraiment le détour.