L’Engloutie a l’intelligence du genre, entendu à la fois dans son acception féministe et par son sens cinématographique : faire coïncider la monstruosité d’une ignorance qui qualifie justement de monstre l’institutrice venue à la frontière – tant géographique que symbolique – alors même qu’elle repose sur un ensemble de superstitions, de légendes et de pratiques occultes à base de poulet ensanglanté, avec la monstruosité véritable d’une sorcière à la fois regardée comme telle par sa connaissance (une femme savante dans un milieu reculé) et incarnation d’une malédiction qui s’abat la communauté villageoise sinon tranquille. Aux secousses intérieures d’Aimée répondent tempêtes de neige et avalanches, faisant disparaître les jeunes hommes avec lesquels elle a entretenu une relation aussi fugace qu’intense. L’esthétique néo-naturaliste, association des mouvements du dedans et des paysages du dehors, contribue à l’incertitude ressentie devant un long métrage pudique et maîtrisé, à l’austérité cependant appuyée, que nous comprenons parfois comme une rétention à finalité auteuriste.