D'ordinaire, le biopic donne des films calamiteux, collection de vignettes du niveau de la presse people, sur un style pompier et hagiographique, complaisant au possible. Ce n'est ici pas le cas. Lenny ne cache rien des faiblesses de son protagoniste. On le trouvera sympa par moments, naïf à d'autres. Voire minable dans ses mauvais jours. Bref, un portrait sans fard où toutes les facettes du bonhomme, de la plus lumineuse à la moins reluisante, sont abordées.
Le film ose le noir et blanc et le montage compliqué, à coup d'aller-retours entre les époques. C'est à l'arrivée plutôt dynamique et rythmé. Surtout, ça évite le déroulé linéaire et balourd, façon ascension et chute du héros. Et l'interprétation est prodigieuse. A commencer par Dustin Hoffman, tout bonnement incroyable.
On découvre ce qu'on suppose être une part de pop-culture ailleurs. D'ici, bien difficile d'apprécier à sa juste valeur l'impact qu'a pu avoir le protagoniste à son époque. Évidemment, quand on le voit se justifier au tribunal pour un sketch qui paraitrait aujourd'hui totalement inoffensif ; on se dit que le puritanisme chez l'Oncle Sam, c'est quand même quelque chose. Mais on peut se sentir un peu étranger à tout ça, vu qu'on n'a pas vécu les 60's aux USA, et que le nom de Lenny Bruce ne nous est parvenu qu'au travers du film.
Ça ne change cependant rien au fait que Lenny est largement plus intéressant que les biopics actuels. Donc, pour une fois que l'un d'eux est réussi, autant ne pas se priver.