Au début des années 1990, Mark Jones, scénariste pour la télévision, imagine un concept simple mais efficace pour un film d’horreur : détourner une figure folklorique traditionnellement associée à la chance et à l’imaginaire irlandais, le leprechaun, pour en faire une créature malveillante et meurtrière. Selon une anecdote souvent racontée dans l’histoire de la production, l’idée lui serait venue en mangeant des céréales Lucky Charms, dont la mascotte est justement un lutin irlandais. Jones se demande alors ce qui se passerait si cette figure apparemment inoffensive devenait un monstre de film d’horreur.
Il développe rapidement un scénario basé sur cette idée : un lutin maléfique prêt à tout pour récupérer son trésor d’or, traquant quiconque tenterait de s’en emparer. Le projet est proposé au studio Trimark Pictures pour produire et distribuer le film à petit budget destiné aux salles secondaires. Séduite par le potentiel commercial du concept, la société décide de financer le projet. L’objectif est clair : réaliser un film d’horreur peu coûteux mais suffisamment original pour se démarquer sur le marché des films de genre.
En 1993, Leprechaun sort au cinéma et malgré des critiques mitigées, le film attire l’attention grâce à son mélange d’horreur, d’humour noir et de folklore détourné.
Crevons l’abcès tout de suite : ce n’est objectivement pas un bon film. Mais c’est un film que j’aime énormément pour une raison très simple, la nostalgie. Il me ramène directement à une époque précise, celle où j’allais louer des cassettes VHS au vidéoclub avec mon père. Ces moments avaient quelque chose de magique : les rayons remplis de jaquettes colorées, les films d’horreur au visuel parfois trompeur, et ce sentiment d’aventure lorsqu’on choisissait un film au hasard. Ce film fait partie de ces souvenirs. Je me rappelle particulièrement la toute première scène où l’on découvre le Leprechaun dans sa grotte. À l’époque, c’était à la fois inquiétant et fascinant. Aujourd’hui, en revoyant le film, je sais très bien qu’il est imparfait, mais il fonctionne pour moi comme un véritable bonbon nostalgique.
Il faut aussi reconnaître que le Leprechaun est clairement un ersatz de Chucky. Le parallèle saute aux yeux : même petite taille, même côté sarcastique et cruel, même façon de parler et de provoquer ses victimes. La différence, c’est que le Leprechaun est encore plus absurde et imprévisible. Là où Chucky reste une poupée tueuse relativement directe, le Leprechaun adopte souvent des moyens de déplacement ou des situations complètement ridicules. On le voit utiliser des rollers, conduire des petites voitures ou se déplacer sur un skate. Cela donne parfois au film un ton presque cartoonesque. Pourtant, malgré ce côté un peu idiot, je reste très attaché à cette créature. J’aime autant Chucky que le Leprechaun, même si ce dernier est clairement le cousin un peu plus débile et chaotique.
Warwick Davis dans le rôle du Leprechaun est l’un des points forts du film. L’acteur se donne à fond et parvient à insuffler une véritable personnalité au personnage : malicieuse, sadique, mais aussi presque théâtrale. Cependant, ce qui me marque le plus encore aujourd’hui, ce sont les maquillages. Le visage du Leprechaun est vraiment réussi : ridé, grotesque, presque putréfié par moments. Quand on est enfant, il peut réellement faire peur. Et même en tant qu’adulte, je trouve que le design de la créature tient encore la route. La scène de sa mort, en particulier, est mémorable. Les effets spéciaux pratiques ont ce charme artisanal typique des films d’horreur des années 90. Franchement, malgré le budget limité, ils ont réussi à créer une créature visuellement marquante.
En revanche, les meurtres sont loin d’être le point fort du film. Ils manquent clairement d’originalité et, surtout, ils sont peu nombreux. Le Leprechaun n’est pas un tueur particulièrement inventif : il se contente souvent de méthodes assez simples, là où d’autres slashers rivalisent d’imagination. Pour un film d’horreur, c’est un peu frustrant. Ce qui me dérange encore plus, c’est que les quatre personnages principaux survivent tous. Dans un film de ce genre, on s’attend généralement à voir une partie du groupe disparaître progressivement. Ici, le manque de conséquences enlève une partie de la tension et du sentiment de danger.
Jennifer Aniston, Ken Olandt, Mark Holton et Robert Hy Gorman incarnent le fameux groupe de protagoniste. Et pour être honnête… J’avais surtout envie de les voir mourir. Tous, sans exception. Les personnages sont difficilement supportables, et les acteurs ne livrent pas des performances particulièrement convaincantes. Les dialogues sont souvent maladroits et certaines réactions semblent complètement absurdes. Cela n’aide pas vraiment à s’attacher à eux, bien au contraire.
Au final, le film ne plaira probablement qu’à un public très précis : ceux qui ont connu l’époque des vidéoclubs et des soirées VHS. Pour les autres spectateurs, il y a de fortes chances que le film paraisse simplement médiocre ou daté. Beaucoup préféreront sans doute se tourner vers Chucky et la saga Child's Play, qui reste bien plus efficace et marquante dans le registre de la petite créature tueuse.
Leprechaun est un film imparfait, parfois ridicule, souvent mal joué et assez pauvre dans son écriture. Mais il possède malgré tout un charme particulier. Celui des films d’horreur modestes, bricolés avec peu de moyens mais beaucoup de créativité. Et surtout, il possède la force la plus puissante du cinéma : la nostalgie. Pour certains spectateurs, dont je fais partie, il restera toujours lié à une époque et à des souvenirs précis. Et parfois, cela suffit largement pour continuer à l’aimer.