Vivant dans une grande maison de province, deux jeunes femmes, qui sont les domestiques d'une famille bourgeoise, commencent à mettre la cuisine sens dessus-dessous car elles n'ont pas été payées depuis trois mois. Leurs patrons reviennent plus tôt que prévu, accompagnés de leur filles, et tout ceci va être l'occasion d'un règlement de comptes.
Les abysses est non seulement le premier film réalisé par Nico Patatakis, tiré de Jean Genet, mais aussi celui qui me fait découvrir son cinéma, et il faut dire que je n'ai pas été déçu du voyage. Dans l'esprit, on peut comparer le résultat à ce que fera Andrzej Zulawski, à savoir des films où les personnages hurlent, au bord de la folie, et c'est effectivement ça qu'on voit à l'écran. Je dirais même que c'est un cinéma de l'ordre du sensoriel tant on en sort physiquement épuisé tant ça n'arrête pas. Et il faut dire que les deux actrices principales, Francine et Nicole Bergé (qui sont sœurs dans la vie, tout comme leurs personnages) sont assez impressionnantes dans une histoire qui rappelle aussi celle des soeurs Papin. C'est un cinéma de l'outrance, de la folie, qui fait penser à une mise en scène de théatre dans le sens où c'est un décor quasi-unique, une grande cuisine, avec des audaces bienvenues pour l'époque comme le rapport quasi-incestueux des deux sœurs, ou la fille du couple jouée par Pascale de Boysson qui semble éprouver du désir pour ces femmes rebelles et violentes. Jusqu'à une dernière partie où Patatakis se permet tout, y compris le plus noir.
Même si ce cinéma n'est pas forcément ma tasse de thé, j'en reviens à Zulawski, difficile de ne pas nier que Les abysses est un film impressionnant, presque viscéral dans sa façon de mettre mal à l'aise, et il vaut mieux avoir le moral dans les baskets avant de se plonger dans ce titre, qui n'a jamais aussi bien porté son nom.