« Les affranchis de Shinjuku » est le premier film de Takashi Miike et le premier volet de la triologie « Black Triad » réalisé en 1995. Miike ne s'est jamais considéré comme un réalisateur de film mais comme un réalisateur de vidéo, cette affirmation n'aura jamais été aussi vraie avec cette première œuvre.
Miike s'est souvent intéressé aux minorités, au début de sa carrière, comme les chinois immigrés au Japon avec « Bird people in China » et le film s'y intéresse à travers ces mafieux Chinois et ce flic immigré d'origine Chinoise.
Ce film est un polar japonais où le destin de deux frères s'entrecroise jusqu'à la destruction. L'un est policier à Shinjuku et l'autre est avocat pour un clan de Yakuzas homosexuels après qui court le frère policier.
Le thème n'est pas original et le film est un polar basique. Pourtant pour sa première réalisation on entrevoit les ingrédients qui feront le succès des films de Miike, à savoir des personnages totalement déjantés et une violence dérangeante et toujours présente.
Dans ce film, on croise des tueurs de flic homo et exhibitionnistes, les viols sont sauvages et douloureux, les interrogatoires se soldent par des os brisés, la violence y est brutale et réaliste. Shinjuku y est décrit comme un quartier crade et noir, le cadre est posé. Bienvenue dans un polar gay et sans concession.
Si la critique social y est des plus virulente, la question de la nécessité de la violence outrancière dans les films de Miike reviendra forcément. Est-elle gratuite ? Est-elle nécessaire ?
Le thème de l'homosexualité est exploré à travers la filmographie de Miike, il est une des pierres angulaires de son cinéma et même si l'aspect « brut » du film rend moins esthétique son approche, elle n'en reste pas moins puissante. « Big Bang Love, Juvenile A » reprendra quelques années plus tard le thème de l'homosexualité et donnera naissance à un des ses chefs d'œuvres grace à une mise en scène avant gardiste.
Mais pour ce film malgré de nombreuses idées, le scénario reste très basique, et la réalisation est assez atroce. Miike est un réalisateur de vidéos, on n'a pas la sensation de regarder un film mais plutôt un clip d'1H40. L'image est sale, les plans de caméras sont simples et sont loin d'avoir le niveau de maîtrise de ses films les plus récents. Le propos tenu est effleuré mais peine à se faire entendre à cause d'un scénario trop bordélique. Le film est desservi par une rythmique totalement non maîtrisé donnant l'impression au spectateur de s'embourber dans cette histoire. Quand à la direction de la photographie, on repassera.
Malgré quelques idées qui laissent entrevoir son génie, Miike était loin en 1995 d'être le réalisateur de talent qu'il est à l'heure actuelle.