C'est un film intéressant, notamment dans son rapport au fond et à la forme.
On suit deux anges, qui écoutent les pensées et angoisses des gens, dans un Berlin divisé par les événements de la Guerre Froide (le métrage étant tourné en 1987). Cette notion de division se retrouve sur deux aspects majeurs du film. Il y a évidemment la ville de Berlin en elle-même puis le monde des Anges séparés de celui des mortels.
Pour marquer la division, les moments en noir et blanc sont ceux où le film pose son regard du point de vue des Anges. C'est aussi ceux dans lesquels les monologues internes de chaque individu nous sont audible. À contrario, les plans en couleurs sont ceux perçus par le regard des mortels, sans Anges pour capter ces instants.
Par-dessus cela, on peut y voir un autre niveau de séparation. Dans un film, s'il y a bien une chose que l'on tente de faire oublier pour que le spectateur ne sorte pas de l'histoire, c'est bien la caméra. On tente de la camoufler le plus possible car elle ne fait généralement pas partie de la diégèse du récit. Les acteurs et figurants se doivent alors de proscrire tout regard en direction de la caméra sous peine de devoir retourner la prise. Mais dans "Les Ailes du désir", ceux qui regard la caméra accède à deux nouveaux mondes pourtant très différents. Le monde immatériel des Anges dans un premier temps. Car oui, les regards caméra sont présents lorsque la caméra est placée du point de vue d'un Ange. Ce sont les enfants, principalement, qui sentent leur présence (car ils sont probablement plus sensibles par le statut pur et innocent qu'on leur accorde) mais aussi, surprenamment, certains adultes (mais on y reviendra dans une partie spoil). Le 2ème monde auquel accèdent ceux qui regardent la caméra, c'est le monde du spectateur, celui qui à l'inverse de celui des Anges est bien réel. Et pour le coup, je pense qu'il est important de prendre en compte le contexte de sortie du film. Il s'agit d'un film sur Berlin, sortie pendant que cette dernière était encore divisée par le "Rideau de Fer" et avoir des personnages faisant part de leur angoisse et d'autres silencieux qui "vous regarde" est un moyen de rappeler au spectateur de l'époque (mais pas que) qu'il est aussi concerné par ce qu'il se passe et que les questionnements de cette fiction n'en sont pas moins réels.
Et les personnages, eux aussi, vont par moments être presque "divisés" intérieurement par des sentiments opposés et des pensées qui n'ont pas forcément de liants, comme si tous étaient mélangés (en soient des pensées réalistes finalement).
Un autre élément à noter, c'est le rapport au temps et l'aspect quasi "documentaire" du film. C'est seulement le 4ème long-métrage de Wim Wenders que je vois mais j'ai l'impression qu'à chaque fois ce sont des films très lents, qui posent des enjeux à échelle humaine (oui oui même quand ça parle d'Anges) et qui prennent le temps de montrer un quotidien. Ce sont des films qui savent quand mettre ou non du mouvement dans leur plan. Certains plans sont fixes pour qu'on se focaliser sur un dialogue sans cut, car les individus sont là pour être écoutés sans que la caméra ne les coupe ou tente d'appuyer leur propos. À l'inverse on a des travellings qui nous mène d'un individu à l'autre, en saisissant une fraction d'instant sans que l'on ne sache de qui il s'agit. Comme si on croisait un passant dans la rue. On a une multitude de vies sur lequel se pose, sans jugement et avec humilité, un regard. Des vies auxquelles est accordée un peu d'importance même si pour le récit il n'y en a pas forcément. Enfin presque. Car c'est de cette multitude de voix que se comprends l'envie de l'Ange de se mêler à toutes ces vies.
SPOILER ???!!!
Car au final, l'histoire racontée (très tardivement dans le film), c'est celle d'un Ange qui est prêt à renoncer à son statut pour devenir un humain mortel qui pourra se joindre à une jeune acrobate de cirque dont il est tombé amoureux.
Et on apprendra que ça n'est pas le seul à avoir rejoint les humains. Un homme bien connu l'a fait également. Ces Anges, devenus mortels, perçoivent encore la présence de leurs anciens congénères. Et a priori ils sont nombreux à avoir fait le choix de franchir la frontière vers le monde des vivants. D'où probablement la présence des adultes qui regarde la caméra.
"Les Ailes du Désir" c'est donc un film qui a des choses à raconter et les mets en scène de manière pertinente.
Cependant, me concernant, j'ai eu du mal. Je ne me suis pas spécialement retrouvé dans les questionnements des personnages et l'accès furtif à leur pensée, ne permettant pas de les comprendre, j'ai eu du mal à ressentir autre chose que de la confusion face à tous ces enchaînements de pensée. Par moments elles semblent un peu hasardeuses et sur les 3/4 du film on n'est pratiquement que focalisé sur cela. Le temps m'a alors semblait long et j'ai du me forcer à re-rentrer dans le film car je ne cessais de décrocher. J'en comprends les intentions et c'est important d'avoir des films et des réalisateurs qui font cela. Mais pour ma part, je n'ai pas été sensible à la proposition et pour tout dire, je me suis, malheureusement, un peu ennuyée sur les 2h de durée.