Scénariste aguerrie, Huo Xin a choisi de tourner un mélodrame fiévreux, pour sa première réalisation. Son scénario n'a peut-être pas l'épaisseur, sociale, notamment, que l'on attend des grands films chinois mais il souffle un tel vent de romanesque dans Les amants de Yangtsé qu'on oubliera de s'en formaliser. Situé entre trois villes, au fil de plusieurs années, le film peut se regarder comme un triangle amoureux quelque peu dévoyé mais il s'agit avant tout une d'histoire d'amour extrême qui se construit au gré d'ellipses temporelles, dans un climat de romantisme noir, accentué par la nécessité de vivre vite et intensément les moments arrachés à l'inéluctable. La mise en scène est somptueuse, d'un esthétisme rare, quelque part entre Wong Kar-wai et Jia Zhangke, mais très personnelle, sans chercher à copier. Et certaines scènes accèdent à une grâce infinie, celles qui nous font comprendre la puissance d'un lien que même la mort n'arrivera pas à rompre. Pour rendre l'histoire crédible et haletante, il fallait deux interprètes investis et talentueux, qui rendraient ce couple irréfutable, en dépit ou à cause de leurs existences très dissemblables, vécues avant leur première rencontre. You Zhou est excellent mais c'est bien Ni Ni, que l'on a vue dans The Flowers of War de Zhang Yimou, qui impressionne par son élégance et la subtilité de son jeu.