On est d’accord, nous ne sommes pas dans du « grand » Almodovar, celui de « Tout sur ma mère », « Volver » ou « Parle avec elle » et justement, j’ai vu ce film comme une vraie récréation. Et parfois, la légèreté fait du bien après des films plus graves. Celui-ci succédait à « La piel que habito » alors on peut comprendre l’envie d’Almodovar d’aller vers l’humour et le plaisir pur. Un vol reliant Madrid à Mexico tourne à la catastrophe peu après le décollage quand un des trains d’atterrissage est bloqué. Les passagers de la classe éco sont endormis avec des décontractants musculaires alors que les personnes en classe affaires commencent à comprendre la situation. Pas sûr que l’avion puisse atterrir, pas sûr qu’on survive à un atterrissage d’urgence. Parmi ses passagers, une femme d’affaires qui était auparavant une chanteuse (Cecilia Roth déjà dans « Tout sur ma mère »), un tueur à gages, un banquier en fuite, un jeune couple endormi, une jeune femme qui se dit voyante et qui s’en va travailler pour un cartel mexicain de la drogue, mais déplore d’être encore vierge…Un assemblage hétéroclite alors que les stewards gays avalent tous les alcools qui leur passent devant (tequila…). Et allez, ajoutons de la mescaline tiens, ça rendra la mort moins douloureuse !
Le pilote et copilote s’y mettent aussi. Le désir finit par monter, drogues et alcools font leur effet et après tout, quitte à mourir, autant s’éclater et s’envoyer en l’air une dernière fois, non ?! Alors, tout le monde s’y met, la femme d’affaires et son voisin le tueur, le steward et le commandant de bord dans les toilettes, la vierge qui va perdre sa virginité avec un passager comateux de la classe éco !!! Les blagues graveleuses s’enchaînent sans souci des convenances et du qu’en dira-t-on car on va mourir, alors on s’en tape allégrement 😁 Ah oui, les stewards histoire de détendre l’atmosphère nous offrent un moment irréel de comédie musicale en dansant dans les allées sur « I’m so excited » des Pointer Sisters ! On ne l’avait pas vue venir celle-là. Almodovar ne vise ici aucune profondeur (bien que le concept freudien d’Eros et Thanatos soit bien présent), pulsions de vie et certitude de mourir se mélangeant (les appels téléphoniques passés avant l’atterrissage sont très touchants car ce sera peut-être les derniers). Et là, le réalisateur réussit à distiller dans cette histoire folle une vraie mélancolie. L’aéroport où atterrit l’avion et où le film a été tourné est celui de Ciudad Real, aéroport jamais terminé et abandonné quand l’Espagne a connu des difficultés financières énormes. On voit les couloirs déserts assez inquiétants de cet aéroport quand on entend l’avion atterrir comme il le peut. C’est aussi le reflet de la fin d’une époque de prospérité pour l’Espagne et Almodovar est né juste à côté. Une ode à la vie et aux plaisirs, sans conséquence, on lui a assez reproché (« Comment ?! Almodovar va se compromettre dans un film aussi insignifiant ?!!!...). Mais bon sang, le contraste avec la dureté de « La piel que habito » fait du bien ! Dispensable, bien sûr, mais bien agréable. Et comme Almodovar connait du beau monde, la scène d’intro est jouée sur le tarmac par Antonio Banderas et Penelope Cruz, rien que ça.