Depuis plus de soixante ans, gisent dans le désert de Gobi, les ossements d’innombrables prisonniers morts de faim. Ces derniers étaient des prisonniers politiques, accusés (parfois à tort) d’être "droitiers" (suspectés d’opposition au pouvoir en place). Le film nous amène à la rencontre des derniers survivants pour mieux comprendre qui étaient ces inconnus et les malheurs qu’ils ont endurés.
Le réalisateur chinois connaît bien son sujet, deux de ses oncles ont été accusés d’être droitiers et quelques années auparavant, il s’était très largement inspiré de cette histoire pour réaliser Le Fossé (2010) 夹边沟, un drame nominé pour le Lion d'Or à la Mostra de Venise.
Wang Bing réalise ici un film fleuve, comme il sait si bien le faire, comme en atteste son magnifique À l'ouest des rails (2003) 铁西区 d’une durée de 9h. Ici, pendant près de 8h30, il dresse une cartographie de l’horreur, celle qu’ont vécu les victimes du maoïsme.
Remettons-nous dans le contexte de l’époque, entre les années 50 & 60, une série de campagnes politiques visent à évincer des militants libéraux du Parti communiste. Le dictateur Mao Zedong en est l’instigateur principal, une idée, une pensée ou un mot de travers, qui irait dans le sens contraire de la république populaire de Chine et vous vous retrouviez emprisonné, interné de force dans un "laogai", sorte de goulag chinois (de façon officielle : des camps de rééducation et de façon officieuse, des camps de travaux forcés). On estime entre 550 000 & 1 300 000 (impossible d’avoir un chiffre exact) le nombre de personnes persécutées / déportées et plusieurs milliers de morts.
Le réalisateur nous amène à la rencontre de ces hommes et femmes (victimes directes ou indirectes) d’un régime totalitaire et qui les aura contraint à être envoyés dans des camps pour y être rééduqués par le travail. Les témoignages sont édifiants, ainsi que les images du désert de Gobi où des millions d’ossements jonchent le sol plus de 60 ans après les faits.
Le camp de Jiabiangou, constitué de la centrale de Jiabiangou, de l’annexe de Xintiandun et du camp de Mingshui faisaient partie des nombreux camps de réforme et de rééducation mis en place sur le territoire chinois. Sur place, ils étaient parqués comme des animaux et traités de façon inhumaine. Il y avait un tel niveau de dénutrition qu'ils allaient jusqu’à se partager la nourriture des cochons, certains ont même eu recours (entre eux) au cannibalisme.
Le film a été tourné entre 2005 & 2017, cumulant pas moins de 120 témoignages et 600 heures de rush. Scindé en 3 parties, certains témoignages sont tellement édifiants (et bouleversants) qu’il est impossible de ne pas faire de lien avec le documentaire Shoah (1985) de Claude Lanzmann. Les Âmes mortes (2018) 死靈魂 est une oeuvre de mémoire glaçante (et ô combien nécessaire) qui vient nous rappeler les exactions et le traitement inhumain commis sous le règne de totalitaire de Mao Zedong.
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