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le 26 mai 2015
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La littérature comme le cinéma ont cette faculté de pouvoir nous faire regarder le monde du point de vue des autres. Alejandro Amenábar joue de cette faculté pour nous faire entrer dans son monde...
Les autres s’ouvre sur un cri d’effroi, celui de Nicole Kidman, puis en réponse à ce premier par celui du spectateur, instantanément paralysé sur son siège -ou autre fauteuil, canapé, lit, peu importe où vous êtes, aussi à l’aise que vous aviez prévu de l’être, vous ne le serez plus. Les autres ne vous lâchera pas jusqu’au dénouement de son spectacle glaçant et mortifère.
Rarement une œuvre n’aura permis à son spectateur de s’imprégner aussi rapidement de l’univers de son créateur. Nicole Kidman, en une sorte de guide touristique, déambule dans son immense manoir et nous présente les règles s’y trouvant. Tout semble figé dans le temps, mystique, à la limite du superstitieux. Tout aspire à la peur et la fascination, à l’instar de l’actrice, qui se dresse en icône hitchcockienne élégante et inaccessible. Ce personnage sera d’ailleurs sans doute le plus grand rôle de la carrière de Kidman, femme trouble et complexe, subtilement écrit et interprété avec une justesse aussi effrayante que l’œuvre elle-même.
Les autres acteurs ne sont pas en reste, tous plus épatants les uns que les autres. Le fait d’avoir aussi peu de personnages (sept seulement) a sans doute permis au cinéaste Alejandro Amenabar non seulement de pouvoir les écrire avec plus de précision et finesse, mais aussi d’assister et diriger au mieux les acteurs sur le tournage. Chaque rôle est aussi émouvant qu’inquiétant, loin du manichéisme classique dont souffre le cinéma d’horreur habituel. Tous semblent imprévisibles. Mais celui de Grâce (Kidman), tour à tour impénétrable et vulnérable, reste le plus abouti. Le résultat est époustouflant niveau interprétation.
Côté réalisation, bien que l’imagerie ne sorte pas des sentiers battus du genre (pièces lugubres, nuit noire, paysages brumeux,…), la photographie est sublime, par son esprit rétro 80s, le jeu des lumières est remarquable, travaillé avec précision, sculptant et magnifiant les visages fermés et torturés des personnages. Le rendu est particulièrement sculptural sur certains plans et certaines scènes semblent être des tableaux en mouvement. Mais le cinéaste ne tombe pas pour autant dans l'ultra stylisation spectaculaire et évite les lourdeurs de l'esthétique gothique (comme pourrait le faire un certain Tim Burton par exemple). Tout est savamment dosé.
L’œuvre reprend donc les clichés visuels types du film d’épouvante : un manoir poussiéreux, des portes grinçantes, un parquet qui craque, du brouillard. Mais là où les œuvres d’aujourd’hui exacerbent ces clichés au point d’anesthésier le spectateur et de devoir le réanimer à coup de jumpscares racoleurs, Les autres se distingue par sa sobriété. L’œuvre dégage rapidement une certaine pudeur vis-à-vis de sa propre horreur, se refusant à pousser la peur à son paroxysme, et arrive ainsi à maintenir le spectateur sous tension, là où les films de genre font généralement primer le spectaculaire sur l'émotion. Ainsi, là où beaucoup prêche en tombant dans la démonstration abusive (monstres typés jeu vidéo bien flippants et autres scènes grandiloquentes), Les autres, pudique jusqu’au bout, ne dévoile rien. Alejandro Amenabar se nourrit de l’imaginaire sans limite du spectateur pour provoquer la peur : depuis Alien de Ridley Scott, on l’a bien compris, il n’y a rien de plus effrayant que de ne rien montrer.
L’autre point fort est d’avoir su insérer le genre dramatique dans l’épouvante. Les deux registres s’imbriquent l’un dans l’autre, s’opposent et se complètent. A l’instar du Yin et du Yang, où le blanc semble plus éclatant que jamais en opposition au noir, et le noir plus sombre face à la luminosité du blanc, ici l’horreur est intensifiée par l’approche dramatique (et donc réaliste) des événements, et le drame amplifié par l’horreur de la situation. Les autres finira étonnamment par horrifier son spectateur en même temps qu’il lui arrache quelques larmes.
Les autres est une œuvre sensorielle d’une très grande élégance, sans aucune fausse note ni mauvais goût, et énigmatique de bout en bout, angoissante et émouvante à la fois. Mais elle offre aussi, contrairement à une grande majorité de films d’horreur qui finissent clairement en nœud de boudin, une fin somptueuse, étonnante mais cohérente, avec un twist renversant et très malin. Les dernières minutes sont bouleversantes et forment l’une des plus belles et tragiques fins qui soit. Les autres se dresse au côté des plus grands classiques des années 70 et 80 et en est tout aussi culte.
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Créée
le 19 janv. 2019
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