À ne surtout pas lire si film non visionné !
Avril 1967, Les Aventuriers sort en salle après un tournage tendu et mouvementé pour Robert Enrico. Bien qu'enthousiasmés à l'idée de tourner ce film, Delon et Ventura, dont les rôles furent taillés sur mesure, multiplièrent les désaccords avec le réalisateur. Delon aurait tenté d'inclure sa femme Nathalie dans le rôle féminin principal, mécontent de l'inexpérience de Shimkus, comme Ventura, qui lui, aurait suggéré Sylvia Koscina avec qui il avait tourné L'Arme à gauche deux ans auparavant. Finalement Enrico sait se faire convaincre par ces messieurs et tout rentre dans l'ordre.
Étonnamment à l'écran, aucun signe de contention ne se fait ressentir entre les trois héros, au contraire, on a tendance à ressentir une alchimie authentique chez chacun des trois, sans surprise entre Delon et Ventura mais plus à même avec Shimkus, dont les photos de tournages et les scènes témoignent d'un réel mea-culpa vis-à-vis de mademoiselle.
Dans Les Aventuriers on retrouve un Delon plus félin que jamais avec la barbe dans le rôle de Manu, Lino avec ses lunettes mal vissées et toujours le nez dans les machines, mais surtout on découvre Laeticia interprétée par une Johanna Shimkus très convaincante dans ce qui est son premier et plus beau rôle au cinéma.
Concernant les passions de chacun, les voici : on a Manu qui s’entraîne de manière vertigineuse à l'aérodrome de Moisselles afin de réaliser un défi fou : passer sous l'Arc de triomphe en avion. Roland, lui, est un féru de mécanique et veut révolutionner l'industrie automobile à coup d'essais de dragsters "révolutionnaires" à l'autodrome de Linas-Montlhéry. Laeticia, elle, souhaite se faire un nom dans le monde de la sculpture grâce à son futur vernissage à Porte de la Chapelle.
Malheureusement pour tous les trois, leurs projets se soldent par des échecs cuisants, retraits de licence d'aviation, panne, accident et critique de la presse détestable. La comparaison au panier à salade est terriblement sarcastique au passage. Heureusement pour eux, la tristesse est de courte durée et laisse place à l'enthousiasme puisque tous les trois vont partir à la chasse au trésor au Congo avec un demi-milliard de francs à la clé.
Le deuxième acte se concentre donc sur l'expédition au Congo avec des moments de complicité à bord qui renforcent les liens. On retrouve avec plaisir Reggiani qui s'est immiscé en quatrième protagoniste. Bilan du voyage : financièrement fructueux puisque 500 millions conquis, mais cela en valait-il le prix ? Laeticia n'est plus.
Le choix scénaristique de la faire disparaître physiquement du récit est osé, voire peu commode, mais la direction artistique qui suit son décès est bien maîtrisée par la suite.
Le film nous ramène en France où il faut annoncer la nouvelle au peu de famille qu'il reste à leur amie pour l'un et bien-aimée pour l'autre, direction la Charente-Maritime et Fort Boyard dans la troisième et dernière partie qui est certainement la plus folle. Laeticia avait un rêve et Manu et Roland vont le réaliser pour elle.
Aussi simple que son nom ne l'indique, Les Aventuriers, c'est le meilleur film d'aventures à la française tout simplement, ça va dans tous les sens, voltiges en plein air jusqu'à l'Arc de triomphe, dragsters flashés à 350 km/h, plongée sous-marine à la recherche d'un trésor et chasse à l'homme qui se termine en totale boucherie à Fort Boyard.
Le film repose sur des bases essentielles de la fraternité qui touchent naturellement tout un chacun. L'amitié fille-garçon et son éternel débat y sont représentés de manière neutre, aucun des trois ne partage le même sentiment l'un pour l'autre, excepté de la camaraderie et la volonté d'une présence physique à leurs côtés dans les aventures qu'ils entreprennent : Manu aime Laeticia qui elle aime Roland qui lui n'éprouve que de l'affection amicale, voire filiale envers celle qui pourrait être sa fille étant donné l'écart d'âge conséquent entre eux : plus de 25 ans. Ne pas avoir fait céder les personnages à la tentation d'une liaison est très intelligent, car il permet de faire perdurer cette fable utopique. C'est à souligner, car le cinéma français tombe trop facilement dans ces romances étranges, voire douteuses.
Dans l'utopie de ces folles aventures réside une fatalité indéniable : l'échec pour les trois de leurs projets amoureux ou professionnels comme évoqués plus haut. C'est amusant car Les Aventuriers est un comfort-movie tragique qu'on se plaît à revoir de par l'aspect dystopique qui entoure les personnages aux rêves pleins d'imagination. La dernière séquence à la fois géniale et douloureuse, pas de happy end comme dans la plupart des grandes œuvres de Robert Enrico.
Les Aventuriers, c'est typiquement le genre de film qui t'asperge de mélancolie, la bande originale signée du maître François de Roubaix y est aussi pour quelque chose. Ça fonctionne tellement qu'on en est au quatrième visionnage en cinq ans et ce n'est pas prêt de s’arrêter.