Garrel père, Garrel fils et Garrel petit-fils : voici en partie le portrait des Baisers de Secours, autobiographie filmique de l'auteur du Révélateur et du Lit de la Vierge. En formidable franc-tireur de la bourgeoisie parisienne et post-Nouvelle Vague Philippe Garrel accouche là d'un film totalement représentatif de son Cinéma.
En sublimant la capitale hexagonale au détour de rues et d'immeubles d'une beauté pratiquement intemporelle le cinéaste dilate ses plans et leurs mouvements intrinsèques. Noir et Blanc d'une bouillonnante splendeur ( la lumière de Jacques Loiseleux est superbe à plus d'un titre ), utilisation du gros plan pour le moins troublante... Les Baisers de Secours fait figure d'étude cinématographique hermétique et sidérante dans le même temps.
Aride, parfois abscons et quelque peu rébarbatif dans ses moments les plus soutenus le long métrage de Philippe Garrel affiche sa personnalité d'un bout à l'autre, donnant raison à l'adage affirmant que le Cinéma est "affaire de famille" : entre le vieux Maurice et le jeune Louis et la confidentielle Brigitte Sy ( qui n'est rien de moins que la femme de Philippe Garrel, également réalisatrice du superbe L'astragale sorti en 2015...) Les Baisers de Secours constitue une intrigante mise en abyme des obsessions du cinéaste : problèmes conjugaux, interrogation sur la paternité et la figure paternelle, question du passage du temps et aliénation dramatique représentée par la figure d'Anémone...
Un beau film visuellement granuleux et un brin éthéré, proche du fantasme et entièrement propre à son auteur. Reste donc le sentiment d'une étrange curiosité, peu accessible car en constante requête d'exigence de la part de ses spectateurs mais se bonifiant minute après minute pour peu que l'on s'y jette pleinement : c'est à voir.