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La Loi du marché
Fin des années 40. Solidement implanté aux USA, Jules Dassin n'a pas encore fui la chasse aux sorcières qui se profilait dans l'ombre du sénateur McCarthy, traque anti-Rouges zélée qui allait mordre...
le 10 mai 2015
Fin des années 40. Solidement implanté aux USA, Jules Dassin n'a pas encore fui la chasse aux sorcières qui se profilait dans l'ombre du sénateur McCarthy, traque anti-Rouges zélée qui allait mordre jusqu'à la moitié des 50's. Parti en Angleterre, Dassin y signera Les Forbans de la nuit, de loin son chef-d'oeuvre. Le genre de perle qui vous occulte une filmo entière, comme cet excellent Les Bas-fonds de Frisco tourné chez l'oncle Sam.
Il y a quelque chose de magique dans la façon dont certains réals vous font immédiatement à croire à la véracité de leur histoire, autant qu'à la bassesse de ce qui peut parfois s'y fomenter. Les plus grands partagent ça, ce sens du cadre idéal, planté à même le sol ou perché au dessus des hommes. Les Bas-fonds de Frisco est de cette race là, de ces travaux qui ont naturellement de la gueule, sans se forcer. On peut y sentir l'odeur de la rue, y entendre la fourmilière humaine ou encore y percer la nuit à bord d'un camion surchargé.
Le commerce des maraichers, à Frisco, tu comprends vite que c'est ni un business de débutant ni une mafia établie. Non, c'est pile entre les deux, tenu par des molosses qui ont l'œil partout. Dans l'histoire du type que Dassin accompagne, le nerf de la guerre, c'est les pommes. Elles sont à la fois butin, nourriture et poids mort, si on ne les vend pas. Entassées à l'arrière d'un bahut façon Convoi de la peur, la virée nocturne est longue jusqu'à San Francisco. Une moitié de film, captivante comme pas permis. Arrivés sur place, le reste est à l'avenant.
Cette balade, on y vibre comme si on y était, petite histoire vue en grand par les yeux d'un type ultra doué, Jules Dassin. Les Bas-fonds de Frisco, raconté par un anonyme, ça n'aurait pas eu cet impact. Entre les mains du frenchie, c'est l'anonymat lui-même qui n'a plus lieu d'être. Zéro condescendance et un talent de dingue pour filmer des hommes, une femme et des truands à la petite semaine, tauliers de la bouffe qui donnent au film ce sentiment d'humanité massive. Un sacré petit morceau pellicule ces Bas-fonds..., méconnu et discret, parfaitement exécuté.
"Amour, bagarres, émotions...", annonce naïvement la tagline sur l'affiche. Bien joué, ça aurait fait merveille pour un OSS 177 version Hazanavicius, là c'est un peu raté pour rester poli. Pas grave, le film demeure, et c'est peu dire qu'il mérite le coup d'oeil.
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le 10 mai 2015
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