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Stéphane Audran aurait été une Marquise de Merteuil idéale dans Les Liaisons dangereuses. Son personnage dans Les Biches de Claude Chabrol semble tout droit issu du roman épistolaire de Choderlos de Laclos : même élégance vénéneuse, même cruauté feutrée, même art du jeu et de la manipulation.
Les Biches est un titre à double fond, un jeu de mots inspiré de l’allemand lesbisch, « lesbien » en français. Le film s’ouvre sur le pont des Arts, dans une scène de séduction entre deux femmes, à la fois légère et déjà inquiétante. Puis le récit nous entraîne à Saint-Tropez, bien loin de l’image d’Épinal popularisée par Brigitte Bardot. C’est l’hiver : la ville est déserte, presque mortifère. Quelques joueurs de boules subsistent comme des silhouettes fantomatiques, mais Saint-Tropez semble triste, vidée de sa vitalité.
Le couple féminin s’installe dans une villa luxueuse. Autour d’elles gravite un duo d’hommes un peu farfelus, vaguement artistes, profondément agaçants. Leur présence irrite autant qu’elle amuse. Tout bascule avec l’arrivée d’un autre homme, lors d’une partie de poker : une intrusion qui fissure les équilibres et fait surgir la violence latente.
Les Biches est un film étrange, qui distille le malaise avec une lenteur calculée. C’est presque un film d’horreur, mais passé au filtre de la Nouvelle Vague : une horreur élégante, froide, sourde. Chabrol y oppose la bêtise cruelle d’une certaine jet-set à la brutalité et à la folie de la jeunesse.
Le cinéaste y apparaît totalement libre. Il se permet tout, ose tout. Une scène d’amour à trois, filmée avec un raffinement extrême, en est l’exemple le plus frappant : les corps deviennent mobiles, puis statues, offerts au regard cérémoniel de la caméra. La fin, elle, évoque étrangement le giallo, comme une contamination du cinéma de genre par l’élégance française.
Les Biches est un film dérangeant, fascinant, profondément passionnant. Du vrai cinéma.
Créée
le 6 févr. 2026
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