On est là, même si Macron ne veut pas nous on est là! [Critique écrite en écoutant « 36 quai des orfèvres » de 113 ] Hello Ari Aster, do you want to know what a great political movie is? It’s a movie like Les braises by Thomas Kruithof. Dans la France pré-fasciste de 2025, quel courage politique que ce superbe film sur les gilets jaunes et les violences policières! Le film est très intéressant et évite tous les écueils du genre: utiliser les gilets jaunes comme prétexte pour montrer les hauts et les bas d’un couple, présenter les gilets jaunes comme une masse informe violente, ne pas s’intéresser à leurs combats politiques, ne pas oser critiquer le gouvernement. Tous ces obstacles ont été surmontés: dans ce film on nous rappelle que les gilets jaunes se sont battus pour des conditions de travail dignes, pour un meilleur salaire, contre la taxe kérosène, contre l’augmentation du prix de l’essence, ont tenté au début d’inclure les policiers dans leur lutte, ont protesté contre la destruction des services publics, ont été victimes d’une répression policière violente.En plus de ces aspects intéressants sur le plan politique, Thomas Kruithof signe un grand film sur le couple et sur la famille. Très belles interprétations de Virginie Efira et d’Arieh Worthalter, qui m’avait déjà époustouflé dans « Le procès Goldman » (2023) de Cédric Kahn. Il y a même une dimension sur les injonctions masculines: Karine (Virginie Efira) est sans cesse empêchée dans sa tentative d’émancipation et de combat politique (par son mari, par des hommes policiers, par ses beaux-frères).Le film décidément très juste, montre bien toute la tentative de processus démocratique qu’il y a eu au sein du mouvement gilet jaune à travers le Référendum d’initiative citoyenne, la constitution d’assemblées, les débats sur les systèmes politiques. Ça permet de débunker le discours des médias traditionnels qui montraient des images d’une petite minorité qui incendiait un bâtiment dans des contextes particuliers pour criminaliser le mouvement. Jamais je n’ai vu un film de fiction montrer aussi bien que la police est violente gratuitement de manière systémique et que le rapport de force est largement en défaveur des manifestants.Le rôle de la justice est également abordé, la juge est absolument horrible avec Karine, très humiliante et infantilisante « Votre fils a des très bonnes notes. Vous avez tous les 2 un salaire. Vous voulez tout gâcher? Vous vous rendez compte de la chance que vous avez? », sans compter le déni total de faute policière possible « Les policiers mentent c’est ça? » Tout cela m’évoque les mots du rappeur Akhenaton du groupe IAM dans le morceau « La fin de leur monde »: « Vive la démocratie, celle qui brandit la matraque. Face à des pacifistes, t’es pas d’accord on te frappe »Un film à montrer dans tous les Sciences Po de France.