Thomas Kruithof a investi le milieu des renseignements et de l’espionnage avec un premier film prometteur, « La mécanique de l’ombre ». Il a ensuite choisi celui de la politique dans le cadre d’élections municipales avec le passionnant et magistral « Les Promesses ». Pour son troisième essai, il a décidé de plonger à pieds joints dans l’œuvre sociale et engagée puisqu’il revient sur le mouvement social des Gilets Jaunes. Un mouvement qui a marqué la France, la présidence de Macron et a même rayonné à l’international par sa durée, sa violence des deux côtés et ses multiples ramifications. On attendait donc un long-métrage fort, presque coup de poing sur le sujet, et qui décortique le tout comme le cinéaste sait si bien le faire.
Pour un film plus intéressant sur le sujet et surtout plus marquant il faudra probablement attendre celui de Dominik Moll, « Dossier 137 » qui, lui, revient sur les violences policières durant les manifestations. « Les Braises » et ce dernier pourront se voir certainement comme des œuvres complémentaires mais il faut avouer que l’on est un peu déçu par ce nouveau film de Thomas Kruithof. Le sujet était propice à bien des développements mais le cinéaste ne choisit pas les meilleurs. La naissance du mouvement est plutôt bien vulgarisée et claire mais par la suite on ne rentre plus vraiment dans le vif du sujet. Il y a juste lors de la toute fin qu’on y est mais le film a le mauvais goût de véritablement s’achever en mode queue de poisson et cela de la manière la plus frustrante et incompréhensible possible. En gros, il semblerait que le réalisateur ait eu peur de son sujet et passe un peu à côté.
Sans être un souci, « Les Braises » va plutôt ausculter les effets de ce mouvement sur une famille et, en corolaire, la pression professionnelle subie par le couple et certaines nouvelles réalités économiques. On va ainsi découvrir comment l’engagement de la mère envers les Gilets Jaunes va peu à peu fissurer leur couple. Le film est donc loin d’être inintéressant puisque sur ce sujet c’est très bien retranscrit. Les acteurs choisis pour jouer ce couple auquel on croit n’y sont d’ailleurs pas pour rien. Virginie Efira fait son grand retour au cinéma après deux ans d’absence et nous prouve qu’elle est toujours une grande actrice tout-terrain et on est content revoir Ariel Worthalter dans un rôle de premier plan à ses côtés.
Le côté presque documentaire et au plus proche du réel des séquences avec les manifestants alternent donc avec celles au sein du foyer en pleine crise. On ne s’ennuie pas une seule seconde grâce à l’acting mais aussi par l’entremise de scènes poignantes et une véritable compréhension de la réalité économique et sociale du pays à ce moment-là. Il y a malgré tout un côté peut-être un peu manichéen qu’on pourra qualifier d’engagé et de gauche (comme la vision de la police qui manque de nuances) qui pourra en déranger certains. Au final, le film se regarde avec plaisir malgré son sujet difficile qu’il n’empoigne pas toujours comme il faut.
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