Un peu déçu par ce film dont la thématique me semblait pourtant prometteuse. Diriger la focale sur un quartier de Recife, et donner à voir les milieux et personnalités qui le composent est une idée intéressante. On comprend vite que ce qui prime n'est pas l'intrigue, mais la volonté de montrer des tranches de vie, à la lisière du film choral, et surtout de retranscrire une atmosphère. Au sein de ce quartier relativement aisé cohabite une grande diversité de strates sociales (l'agent immobilier, le riche retraité, les domestiques, le livreur d'eau...). La violence implicite des rapports sociaux est assez bien montrée : l'assurance des personnages est d'ailleurs proportionnelle à leur rang social. Si la mise en scène est originale et certaines scènes sont vraiment réussies, le film laisse un goût d'inachevé.
Là où par exemple un Farhadi parvient à nous captiver en dépeignant notamment des conflits sociaux dans des huis clos étouffants, ici la relative pauvreté des dialogues n'éclaire que partiellement ces aspects qui restent trop superficiels (la scène de l'assemblée des copropriétaires fait figure d'exception). Le personnage du héros, agent immobilier blasé dont on devine par ailleurs l'aisance matérielle, reste difficile à cerner. Du grand père, véritable patriarche local, on ne dévoile qu'à la toute fin du récit un passé trouble.
Alors que le synopsis en fait un élément perturbateur, l'arrivée de la société de sécurité privée ne bouleverse pas tellement les relations de voisinage mais s'imbrique simplement à la vie de ce quartier. Si les habitants accueillent volontiers son installation, rien ne semble vraiment troubler la surveillance qu'elle exerce (une voiture qui dérape au loin, un enfant dans les arbres...). Plus que de paranoïa sécuritaire, les personnages nous laissent avant tout l'impression de souffrir d'un mal- être - impression renforcée par le tempo délibérément lent - mais qui n'est pas vraiment développé. La musique maintient une tension fréquente, qui ne trouve d'acmé que lors de brèves disputes, et dans l'abrupt dévoilement final. Mais ces effets d'annonce contrariés finissent par lasser.
L'ensemble reste donc un peu plat, et les potentialités d'un tel sujet inabouties. Je n'ai pas perçu l'angoisse sourde censée habiter les personnages. Je n'ai pas non plus été emballé par les quelques déviations fantastiques, qui apparaissent un peu gratuites, et n'apportent pas grand-chose au récit.
Scénario/ dialogues/narration : 6
Interprétation : 7
Mise en scène / photographie : 8
Atmosphère/originalité : 6