Il y a quelque chose de profondément réjouissant à voir le cinéma français s'emparer à nouveau du film de capes et d'épées sans le prendre au sérieux une seconde, tout en disant, en creux, des choses très sérieuses sur le pouvoir.
Michel Leclerc, qu'on connaissait pour son regard acéré sur nos identités contemporaines, s'attaque ici à 1651 et à la Fronde avec une désinvolture qui n'est jamais de la paresse, c'est une stratégie.
L'idée de départ a un parfum de conte philosophique : exfiltrer le futur Roi Soleil pour le planquer dans une troupe de théâtre, c'est offrir au spectateur un Louis XIV avant Versailles, avant le mythe, avant les miroirs et les perruques. C'est un adolescent capricieux qu'on jette dans le seul endroit où l'on apprend justement à jouer un rôle sans y croire. Le film comprend très vite son meilleur tour de magie, faire dialoguer la Cour, lieu du mensonge institutionnalisé, avec les planches, lieu du mensonge assumé. Et c'est sur cette tension-là que tout repose.
Artus s'empare de Cyrano avec un mélange de panache et d'autodérision qui désamorce intelligemment la statue, son nez, ses tirades, son duel, tout le folklore est là, mais détourné, puisque ce Cyrano regarde davantage vers Molière que vers les femmes. C'est malin, c'est tendre, ça ne se moque jamais du matériau d'origine, ça le fait juste respirer autrement. Et puis il y a Franck Dubosc, évidemment, en D'Artagnan groggy par sa propre légende, qui porte sur ses épaules une bonne partie de la légèreté du film, l'air de dire : "oui, je sais, c'est moi le mousquetaire, mais personne ne m'a prévenu que ce serait aussi compliqué."
Le film n'a pas peur des saillies contemporaines,
la pique sur le jeune roi amoureux de sa prof de théâtre fait évidemment sourire.
Mais Michel Leclerc ne s'arrête pas là. Derrière le clin d'œil, il y a une vraie démonstration, presque méthodique, que gouverner c'est endosser un rôle, et que ceux qui paient le prix du spectacle ne sont jamais ceux qui le dirigent depuis les coulisses.
Alors oui, le film s'étire un peu, l'accumulation des intrigues de cour finit par peser, on sent les coutures du scénario à certains moments.
Mais c'est un défaut qu'on pardonne volontiers à un film qui a le bon goût de dépoussiérer un genre qu'on croyait verrouillé dans la naphtaline. Le tempo enlevé, le charme collectif de la troupe, cette manière de faire rimer théâtre et politique sans jamais être lourd, tout ça fait de "Les Caprices de l'enfant Roi" une vraie bouffée d'air avant l'été caniculaire qui s'annonce.
On y entre en se méfiant un peu de la comédie historique made in France, on en sort avec le sourire.