Il faut reconnaître une qualité à ce film : son pitch. Dany Boon et Jérôme Commandeur au XVIIe siècle au procès d’une chèvre, ça donne envie. Enfin, je crois. Ça peut au moins provoquer une curiosité pour les amateurs de Jérôme Commandeur (dont je suis) - je ne me prononcerai pas sur ceux de Dany Boon, s’ils existent.
Un maréchal de France est tué, semble-t-il, par une chèvre. L’avocat de la défense (Dany Boon), risée du Paris judiciaire, fait face au meilleur avocat de l’époque, une star, le Dupond-Moretti du jeune Louis XIV : Jérôme Commandeur avec différentes perruques, dépêché sur place pour surtout éviter une confrontation avec le duché de Savoie voisin (oui, il y a de la géopolitique historique dans Les chèvres !). On comprend les producteurs : le film en costume avec Dany Boon et Jérôme Commandeur, pardon mais ça donne plus envie que le Jeanne du Barry de Maïwenn avec Maïwenn et Johnny Depp. Jérôme Commandeur aurait pu faire un super Louis XV, d’ailleurs...
Passé le pitch, il y a donc, vous ne l’ignorez pas ici, le film. Patatras. L’écriture est affligeante. La première demi-heure tient sur le quiproquo nullissime que Dany Boon n’a pas compris que Josette, qu’il a accepté de défendre, est la chèvre et non pas la bergère. Les dialogues sont d’une pauvreté à pleurer (ils sont quand même quatre au scénario - comme quoi les emplois fictifs ne sont pas réservés à la politique), il n’y a évidemment aucune mise en scène. La comédie et le film reposent donc sur le casting.
Dany Boon doit payer ses impôts et fait le job sans éclat ; Claire Chust, vue dans Scènes de ménages, se dépatouille comme elle peut de son rôle de bergère vaguement arlequinesque ; Alexandre Desrousseaux, qui joue le neveu de Boon et apprenti avocat, est par contre remarquablement mauvais... Son rôle est mal écrit, et il ne se sauve pas. Le point fort du film, c’est Jérôme Commandeur. Il s’amuse à surjouer et c’est bien tout ce qu’on peut trouver à sauver de cette misère. On le revoit en Liliane Bettencourt et en Geneviève de Fontenay, et on se dit qu’en fait c’est Jeanne du Barry qu’il aurait dû jouer. Avec Boon en Louis XV. Il y a un gag qui m’a fait rire : les entrées spectaculaires de Commandeur dans les cours d’assises, sur fond de musique disco, avec foule en délire et petite chorégraphie. On y a le droit deux fois, on se dit “chouette, du comique de répétition !”, mais finalement le réalisateur laisse tomber en cours de route.
Non seulement cette comédie n’est pas drôle, mais son fond de sauce géopolitique repose en plus sur des stéréotypes racistes et, disons-le, antisémites, franchement nauséabonds. Alors au bout d’une heure quarante, et dans la mesure où Josette est l’unique chèvre à l’écran et que le titre est au pluriel, on se dit que les chèvres, c’est nous.