Les Chèvres !
4.6
Les Chèvres !

Film de Fred Cavayé (2024)

Les chèvres du titre ne sont pas forcément dans le film

Il faut reconnaître une qualité à ce film : son pitch. Dany Boon et Jérôme Commandeur au XVIIe siècle au procès d’une chèvre, ça donne envie. Enfin, je crois. Ça peut au moins provoquer une curiosité pour les amateurs de Jérôme Commandeur (dont je suis) - je ne me prononcerai pas sur ceux de Dany Boon, s’ils existent.

Un maréchal de France est tué, semble-t-il, par une chèvre. L’avocat de la défense (Dany Boon), risée du Paris judiciaire, fait face au meilleur avocat de l’époque, une star, le Dupond-Moretti du jeune Louis XIV : Jérôme Commandeur avec différentes perruques, dépêché sur place pour surtout éviter une confrontation avec le duché de Savoie voisin (oui, il y a de la géopolitique historique dans Les chèvres !). On comprend les producteurs : le film en costume avec Dany Boon et Jérôme Commandeur, pardon mais ça donne plus envie que le Jeanne du Barry de Maïwenn avec Maïwenn et Johnny Depp. Jérôme Commandeur aurait pu faire un super Louis XV, d’ailleurs...

Passé le pitch, il y a donc, vous ne l’ignorez pas ici, le film. Patatras. L’écriture est affligeante. La première demi-heure tient sur le quiproquo nullissime que Dany Boon n’a pas compris que Josette, qu’il a accepté de défendre, est la chèvre et non pas la bergère. Les dialogues sont d’une pauvreté à pleurer (ils sont quand même quatre au scénario - comme quoi les emplois fictifs ne sont pas réservés à la politique), il n’y a évidemment aucune mise en scène. La comédie et le film reposent donc sur le casting.

Dany Boon doit payer ses impôts et fait le job sans éclat ; Claire Chust, vue dans Scènes de ménages, se dépatouille comme elle peut de son rôle de bergère vaguement arlequinesque ; Alexandre Desrousseaux, qui joue le neveu de Boon et apprenti avocat, est par contre remarquablement mauvais... Son rôle est mal écrit, et il ne se sauve pas. Le point fort du film, c’est Jérôme Commandeur. Il s’amuse à surjouer et c’est bien tout ce qu’on peut trouver à sauver de cette misère. On le revoit en Liliane Bettencourt et en Geneviève de Fontenay, et on se dit qu’en fait c’est Jeanne du Barry qu’il aurait dû jouer. Avec Boon en Louis XV. Il y a un gag qui m’a fait rire : les entrées spectaculaires de Commandeur dans les cours d’assises, sur fond de musique disco, avec foule en délire et petite chorégraphie. On y a le droit deux fois, on se dit “chouette, du comique de répétition !”, mais finalement le réalisateur laisse tomber en cours de route.

Non seulement cette comédie n’est pas drôle, mais son fond de sauce géopolitique repose en plus sur des stéréotypes racistes et, disons-le, antisémites, franchement nauséabonds. Alors au bout d’une heure quarante, et dans la mesure où Josette est l’unique chèvre à l’écran et que le titre est au pluriel, on se dit que les chèvres, c’est nous.

antoinegrivel
1
Écrit par

Créée

le 30 mai 2025

Critique lue 49 fois

Antoine Grivel

Écrit par

Critique lue 49 fois

D'autres avis sur Les Chèvres !

Les Chèvres !

Les Chèvres !

8

estonius

le 21 mai 2025

Suivre

Une fable efficace et drôle

Le bashing opéré par certains vis à vis de ce film frise la mauvais foi. Pour ceux qui ne l'aurait pas compris, il s'agit d'une fable et si on ne rit pas comme des bossus, on garde la sourire tout au...

Les Chèvres !

Les Chèvres !

1

RENGER

le 4 mars 2024

Suivre

Le film réussit l’exploit de ne jamais être drôle.

Me Pompignac est la risée du barreau et ne parvient jamais à gagner le moindre procès. Il pense avoir enfin trouvé l’affaire de sa vie, à savoir la jeune et innocente Josette, accusée à tort d’avoir...

Les Chèvres !

Les Chèvres !

1

fredmiles

le 19 févr. 2024

Suivre

Les chèvres : dans le jargon du football, joueurs sans talent!

Les chèvres : bonne définition des 2 acteurs que sont Boon et Commandeur, facile de faire des entrées quand on est invité de tous les plateaux TV, alala le cinéma , quel petit monde magnifique...

Du même critique

Cher connard

Cher connard

7

antoinegrivel

le 22 août 2022

Suivre

Être V. Despentes est toujours une affaire plus intéressante à mener que n'importe quelle autre

Dissipons le malentendu tout de suite : ce n'est pas un très bon roman. Le dispositif narratif en conversation épistolaire tourne vite à vide, quoique fort divertissant les cent premières pages. Ce...

Connemara

Connemara

7

antoinegrivel

le 10 mai 2022

Suivre
Dernière modification

le 15 avr. 2022

La méthode Mathieu

Ouvrir un roman de Nicolas Mathieu, c'est un peu comme ouvrir un Houellebecq : on sait ce qu'on va lire, avec quelques variations à chaque fois, et on n'est jamais déçu. La méthode Mathieu, c'est...

Veiller sur elle

Veiller sur elle

5

antoinegrivel

le 8 nov. 2023

Suivre

Laurent Gaudé en Italie du Nord

Je sais bien qu'il ne faut jamais regarder les bandeaux, que c'est une ruse d'éditeur. Je me sens trompé par Olivia de Lamberterie, que j'adore. Une "émotion exceptionnelle", tu parles... Au moins,...