Dans une petite ville sinistre, Alain Jessua décrit une population gagnée par un sentiment névrotique d'insécurité, avec pour corollaire des relents racistes et anti-jeunes. La plupart des concitoyens du docteur Féret (Victor Lanoux), lucide et médusé, tiennent désormais en laisse un chien méchant.
C'est une vision quasi surréaliste que produit la prolifération de couples homme-chien dans les rues de la ville, et la principale originalité du film de Jessua tient à ce reflet qui confine au genre fantastique. On verra surtout dans le sujet du cinéaste une parabole sur l'auto-défense et ses dérives, l'auto-défense issue d'une conception populiste de la justice, dont Gérard Depardieu, en éleveur de chiens, figure une sorte de dangereux gourou.
Malheureusement, cette dénonciation d'un phénomène sociale fondé sur la paranoïa et la bêtise, s'inscrit dans une mise en scène aussi démonstrative que maladroite. L'ensemble n'est guère nuancé ou subtil, à l'image de personnages, principalement ceux auxquels le docteur Féret voudrait s'opposer, qui sont simplistes ou caricaturaux.