Richard Burton n'est pas spécialement réputé pour la finesse de ses interprétations tout en intériorité, et les souvenirs de "Who's Afraid of Virginia Woolf?" (pour le versant appréciable, encore que) et de "Boom!" (pour le versant insupportable) peuvent attester de sa propension à l'expansion, s'il arrivait qu'on en doutait encore. En revanche je suis assez surpris de voir Tony Richardson s'illustrer dans un film aussi bourrin, preuve que les modes évoluent, belle lapalissade. Pour son premier film, prototype de free cinema british, il lâche les chevaux pour mettre sur le devant de la scène un blasé anglais au comportement insupportable et au tempérament on ne peut plus instable... Et c'est à peu près tout ce que contient "Look Back in Anger". Un résumé forcément réducteur mais qui traduit malgré tout assez bien le sentiment qu'on a à regarder Burton exprimer violemment sa rancœur et sa révolte intérieure.
J'apprends à l'occasion l'existence d'un sous-registre cinématographique baptisé "kitchen sink drama", s'inscrivant dans un courant culturel plus large dans les années 50 et 60 anglaises : grossièrement, des œuvres qui mettent en avant des "angry young men", en pleine désillusion dans la société contemporaine. Mais ici, tout ce qu'on voit, c'est Burton à qui on a bouffé le petit déjeuner et qui passe ses journées à emmerder ses proches — de manière plus ou moins violente, mais globalement ses petites amies prennent hyper cher, on ne peut pas dire que le scénario brille par l'écriture de ces personnages-là qui encaissent beaucoup sans broncher. Personnellement, la réconciliation finale, je n'y crois à aucun moment. En marge de cette dimension, la description des conditions d'existence précaires n'est pas particulièrement perspicace, vu que tout est axé sur le comportement de Burton le marchand de bonbons (au marché, on peut reconnaître Donald Pleasance). Le jour c'est un pervers narcissique qui alterne entre violence et tendresse, et la nuit il joue de la trompette dans une boîte jazz du coin — histoire de faire le lien avec le docu sur Chet Baker vu hier.
Et en plus le film hérite des codes mal dégrossis de la pièce de théâtre dont il est adapté, autant dire que lorsqu'arrive le moment "révélation des traumas" ça fait déjà un bon moment qu'on a abandonné l'affaire. Certes il y a toutes les déviances énumérées, racisme, bourgeoisie, conformisme, mais l'exutoire nihiliste ne prend jamais corps.