Un film assez étrange, qui combine une atmosphère gothique traditionnelle typique des productions Hammer — château isolé où se trament des secrets inavouables, assassinats de jeunes paysannes, prêtre fanatique, révolte des villageois — et une dimension psychanalytique nettement plus moderne : complexe d’Œdipe, relations incestueuses entre le frère et la sœur, traumatisme ancien dont la nature reste volontairement trouble.

Ce mélange d’archaïsme et de modernité constitue à la fois la singularité et la limite du film. D’un côté, Peter Sykes reprend les codes du gothique victorien — brumes, corridors, hystérie religieuse, violence collective — ; de l’autre, il tente d’introduire une lecture intérieure du mal, non plus surnaturelle mais mentale, où la folie, la culpabilité et la répression sexuelle deviennent les véritables moteurs du drame. Le monstre n’est peut-être plus une créature extérieure, mais un héritage psychique.

La distribution reflète elle aussi cette hybridation : aux côtés d’acteurs chevronnés comme Robert Hardy et Patrick Magee, figures d’autorité inquiétantes, apparaissent des jeunes interprètes emblématiques du début des années 1970, comme Gillian Hills — chanteuse ayant notamment enregistré avec Eddie Constantine, Serge Gainsbourg ou Eddie Mitchell — et le chanteur Paul Jones. Cette cohabitation accentue le décalage entre tradition et modernité.

Comme l’explique très justement Nicolas Stanzick dans l’un des passionnants bonus de l’édition Tamasa, « Les Démons de l’esprit » peut se lire comme un film de loup-garou sans loup-garou. Il dialogue implicitement avec « La Nuit du loup-garou » de Terence Fisher, mais en déplaçant la malédiction du registre fantastique vers celui de la psychose et du refoulé. Là où Fisher assumait pleinement la figure mythologique, Sykes semble hésiter entre l’allégorie psychiatrique et la fable gothique.

Au final, un film sans doute un peu bancal, parfois indécis dans son orientation, mais intéressant par sa tentative de moderniser l’imaginaire Hammer en y injectant les obsessions psychanalytiques et sexuelles du début des années 1970.




Jean-Mariage
7
Écrit par

Créée

le 16 févr. 2021

Modifiée

le 17 févr. 2026

Critique lue 204 fois

Jean-Mariage

Écrit par

Critique lue 204 fois

2

D'autres avis sur Les Démons de l'esprit

Les Démons de l'esprit

Les Démons de l'esprit

6

cathVK44

3210 critiques

Critique de Les Démons de l'esprit par cathVK44

Le mal rôde dans une généalogie mortifère. Conjuguant malédiction, folie et hypnose, Sykes offre un cadre gothique aux passions interdites.

le 25 sept. 2024

Les Démons de l'esprit

Les Démons de l'esprit

5

constancepillerault

2455 critiques

Critique de Les Démons de l'esprit par constancepillerault

Un film visuellement très soigné et plutôt bien réalisé et interprété, mais qui peine à convaincre à cause de son scénario, pas très bien fichu. L'histoire avance lentement, malgré quelques moments...

le 21 avr. 2021

Les Démons de l'esprit

Les Démons de l'esprit

6

RobertJohnson

88 critiques

Critique de Les Démons de l'esprit par Robert Johnson

Clairement un film de fin de règne des studios Hammer, mais même pour un film de fin de règne "Les Démons de l'Esprit" possède cette ambiance inimitable de la Hammer: malsaine, déviante et pleine de...

le 1 sept. 2018

Du même critique

Le Gai Savoir

Le Gai Savoir

9

Jean-Mariage

1256 critiques

Chef-d'œuvre.

Ce film inaugure la « période Mao » de Godard et son entrée dans l'anonymat du cinéma militant, dont il ne sortira que des années plus tard. Filmés sur fond noir (la photo et les couleurs sont...

le 17 janv. 2017

La Prison

La Prison

8

Jean-Mariage

1256 critiques

Premier "vrai" Bergman et petit chef-d'oeuvre.

La prison est le sixième film réalisé par Bergman, alors quasiment inconnu, mais on peut considérer qu’il s’agit du premier « vrai » Bergman, puisque les cinq films précédents étaient des films de...

le 25 mars 2020

Un vrai crime d'amour

Un vrai crime d'amour

8

Jean-Mariage

1256 critiques

Roméo et Juliette en mode prolo.

Finalement, c’est l’éternelle histoire de Roméo et Juliette. Ici, vraiment tout les sépare : leur mentalité, leur famille et, d’une manière qui s’avère radicale, l’exploitation capitaliste. Luigi...

le 20 févr. 2020