C'est comme si Dieu avait créé le Diable et lui avait donné des Machoires

Mon titre de critique fait référence à une phrase d'accroche prononcé dans la bande annonce d'époque qui est, il faut le dire, diablement efficace.

Je ne vais pas m'étendre ici (exhaustivité) sur un des plus grand film du Cinéma. Son histoire légendaire est largement documentée (production et phénomène) dans d'autres critiques, ouvrages et supports audio-visuels.

Chauffé par le premier scénario trouvé sur le bureau des producteurs, le jeune Steven Spileberg (27 ans) est fasciné par le projet d'adapter le best-seller à succès de Peter Benchley. Ce sujet le conforte car il y trouve un écho à son téléfilm Duel (méchant camion à la puissance surnaturelle poursuivant un automobiliste). Etant sa vision contribue grandement à rendre le film terrifiant. Beaucoup de scènes du roman son supprimé pour rendre l'ensemble plus digeste (notamment l'idée d'une mafia en lien avec le maire et d'un adultère entre Ellen Brody et Hooper). Le cinéaste dont c'est le 3e film, malgré le naufrage de la production a su tirer des contraintes rencontrées (mer imprévisible, matériel qui coule, requin ne fonctionne pas, caprice des acteurs et des équipes) une mise en scène restée dans l'Histoire.

Suggérer le monstre (vue subjective, musique) au spectateur, c'est très fort ! Le squale géant (à la force quasi surnaturelle) mécanique (baptisé Bruce comme l'avocat de Spielberg), construit par le vétéran Robert A. Mattey ayant construit le calamar géant de Vingt mille lieues sous les mers (1954), peu montré pour raison technique, reste je trouve toujours aussi terrifiant 50 ans après (plus que tous ses rejetons engendrés, passés depuis en version numérique). Des images d'un vrai requin blanc (la scène de la cage) ont été tourné pour les besoins du film en Australie. Le réalisateur n'hésite pas à citer le maître du suspens Hitchcock qui l'a inspiré pour ses scènes les plus célèbres (typiquement le légendaire traveling contrarié/compensé sur Roy Scheider comme dans Sueurs Froides). Spielberg utilise aussi habillement les paysages de l'île de Martha's Vineyard (Massachusetts) ou le grand large dans la composition de ses plans. Voulant une authenticité il n'hésite pas à inclure les vrais insulaires dans le tournage. Le réalisateur a également pensé à accentuer l'utilisation de la couleur rouge pour le sang (plus que dans les décors et costumes), ce qui accentue l'horreur des scènes.

La Bande originale est incroyable. John Williams dans sa 2e collaboration avec Spielberg (après Sugarland Express) rempile avec une partition orchestrale. Le leitmotiv culte du requin est un ostinato (Mi Fa) redoutable (inspiré du 1er mouvement du Sacre du Printemps de Tchaïkovski, L'adoration de la Terre et peut-être du 4e mouvement de La Symphonie du Nouveau Monde Dvořák, Allegro con fuoco ). Le compositeur déclare également s'être inspiré de La Mer de Debussy. Williams utilise avec beaucoup finesse chacun des instruments (harpes, bois, cordes et cuivres). Il incorpore même à sa partition des thèmes "aventureux" vraiment galvanisants. Williams n'a vraiment pas volé l'oscar de la meilleure musique de film cette année-là.

Les personnages sont poignants. L'Histoire retiendra surtout le trio Roy Scheider (Martin Brody), Richard Dreyfuss (Matt Hooper) et Robert Shaw (Quint) à la pêche au gros poisson. Brody est aquaphobe (idée ajouté au scénario par Spielberg), Hooper est fasciné par le squale quand Quint est un peu le capitaine Achab (chasseur revanchard contre un monstre qui a failli lui ôter la vie). Chacun des acteurs prendra des initiatives en interprétation (improvisation, personnalisation des dialogues y compris les répliques les plus cultes). Ils tourneront ensemble une scène devenue légendaire contenant l'un des plus grand monologue de l'histoire du cinéma : Quint racontant la nuit le naufrage de l'USS Indianapolis (sujet envisagé pour les suites du long-métrage). N'oublions jamais le personnage du maire interprété par Murray Hamilton, symbole de la critique du capitalisme américain. On retrouve même à l'écran l'auteur du roman Peter Benchley (l'intervieweur TV sur la plage) ainsi que le scénariste du film Carl Gottlieb (Ben Meadows, l'adjoint du maire).

Je mentionne aussi Verna Fields, monteuse du film, qui a fait un travail d'orfèvre (récompensé au oscar) pour mettre en image la vision de Spielberg.


Les Dents de la mer est une véritable si ce n'est La Leçon de Cinéma. Son héritage est partout (parodies, phobies des spectateurs, citations plus ou moins explicites, produits dérivés, ...). C'est le modèle référence (JAMAIS ÉGALÉ) pour les films de requins et monstres anthropophages en général. Premier blockbuster de l'Histoire il contribua à la métamorphose de l'industrie cinématographique, pour le meilleur et pour le pire.


PS : J'ai découvert avec la ressortie en salle pour le 50e anniversaire du film, le 2nd doublage du film (réalisé en 2008 à la mort Roy Scheider). C'est une version que je n'ai jamais connu (bien qu'elle ait pu être diffusée à la télévision). Les dialogues ne changent pas beaucoup (Dieu merci). Certains passages laissés en VO dans la première VF sont doublés (les cris de la jeune fille attaquée au début). L'excellente trouvaille pour ce doublage reste pour moi le choix de Patrick Floersheim (ex-VF d'Ed Harris, Denis Hopper, Christopher Walken, Jeff Bridges et surtout Micheal Douglas) pour doubler Robert Shaw. Celui-ci avait en plus doublé Geoffrey Rush en Capitaine Barbossa dans Pirates des Caraïbes (2003-2011). Je trouve que ce côté vieux loup de mer avec une voix suave se prête justement très bien au personnage de Quint (je dirais même mieux que dans le premier doublage).




Créée

le 20 juin 2025

Modifiée

le 3 juil. 2025

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