''The reckless moment'' – 1949 de Max Ophüls est l'histoire d'une mère de famille, femme forte, en butte à une mauvaise fréquentation de sa fille qui tourne mal. Mais la femme forte garde la tête froide ; elle se débarrasse du cadavre encombrant et continue à préparer Noël et à tenir sa maisonnée tout en faisant face à la situation d'un duo de maîtres chanteurs venu la faire chanter en échange de lettres compromettantes écrites par la fille au cadavre lorsqu'il était vivant.
Joan Bennett est parfaite dans le rôle de femme déterminée à sauver sa famille en dépit des obstacles qui s'accumulent. Par chance l'un des maîtres chanteurs tombe sous le charme de cette détermination et se retourne contre son comparse. James Mason tient le rôle de mauvais garçon mais à contre-emploi, tant que l'on ne croit pas un instant à sa mauvaiseté et ce, dès sa première apparition où il paraît plutôt flic que voyou. Cela tombe bien car il est un malfrat prévenant qui se rachète une conduite en endossant le meurtre qui n'en est pas un, sauvant ainsi l'honneur et l'avenir de Joan Bennett and familly.
Autour de Madame Harper, secondée par Sybil, la servante noire, ladite famille bourgeoise est composée de Monsieur Harper sénior, père de Monsieur Harper, mari de Mme Harper, absent pour voyage d'affaire, Beatrice Harper, fille aînée des Harper par qui les ennuis arrivent, et David Harper, fils cadet, adolescent débraillé, passionné de mécanique qui ''sent le garage'' au dire de Monsieur Harper sénior – le film n'est pas en odorama – avec qui il partage sa chambre à coucher.
Belle réalisation cinématographique avec un vent californien photogénique et anxiogène au service d'un synopsis qui bifurque sans cesse de manière inattendue. Même le peu de crédibilité de Mason en voyou introduit un flottement qui pique la curiosité du spectateur. Au final la morale de l'histoire n'est pas très morale, mais l'honneur est sauf et la fin heureuse. Ophüls – si tant est qu'il eût son mot à dire sur la question – semble adepte de ces warped happy ends.
''Pris au piège'' réalisé la même année offre une fin tordue dans cette lignée.
Nota : les faiblesses du scénario sont gommées par la fluidité de l'enchaînement des séquences. Par exemple : ce que fait exactement Mme Harper du cadavre et comment celui-ci est retrouvé reste un angle mort qui n'a finalement aucune importance.