Les Écumeurs
6.1
Les Écumeurs

Film de Ray Enright (1942)

2 garçons, 1 fille, 3 possibilités...

Quand on met à l’affiche d’un film John Wayne, Randolph Scott et surtout Marlène Dietrich, on n’a pas le droit de faire un mauvais film, on n’a même pas le droit de faire un film moyen. Le chef-d’œuvre est obligatoire sous peine de passer pour un gaspilleur de talent. Pourtant Les Ecumeurs est un film moyen, mineur même. Pas un film honteux, juste un film qu’on voit avec un tout petit peu de plaisir, mais qui aurait pu tenir tellement plus de promesses si un réalisateur s’était donné la peine de mettre son talent au service de la caméra.


C’est en pleine ruée vers l’or que l’histoire s’installe, plus précisément dans la région légendaire du Klondike qui a vu affluer tant de chercheurs de réussite. Cela donne une ville boueuse et salle, bien loin de la poussière et de la chaleur accablante qui servent habituellement de décor aux films du genre. Ici, les terrains miniers se prennent de force plus qu’ils ne s’achètent, certains se retrouvant exclus de l’endroit qu’ils exploitent parce-que d’autres l’ont acheté avant eux, sans bien sûr leur en faire part. Au milieu de tout ça, un juge itinérant est chargé de faire respecter la Loi, tout du moins la sienne. Marlène Dietrich interprète Cherry, propriétaire du saloon et amoureuse de Roy joué par John Wayne. Au milieu tente de se glisser Alexander, commissaire à l’or incarné par Randolph Scott.

L’intérêt principal de l’histoire réside dans ce triangle amoureux original car mélange d’amour, de désir et de détestation. C’est dans ces moments que les acteurs donnent toute la force de leur talent, tout cet art de jouer la comédie qui a fait l’Âge d’Or d’Hollywood et a donné naissance à tant de mythes. On voit John Wayne, égal à lui-même, mélanger à égales proportions la classe et la roublardise, Randolph Scott est lui parfait à mi-chemin entre le cow-boy classe et le dandy pied-tendre qu’on verrait bien avec du goudron et des plumes. Pourtant on les oublie dès qu’apparaît Marlène Dietrich, lumineuse, flamboyante et incendiaire. Armée de ses grands yeux langoureux et mélancoliques elle attire à elle la caméra, faisant oublier le décor et les acteurs qui l’entourent, rendus au rang de faire-valoir. Elle fait oublier toute cette beauté germanique qui avait pu en effrayer certains pour devenir ici une des actrices les plus glamours et talentueuses, capable d’être renversante même lorsqu’elle déclame une recette de cuisine.

Le reste du scénario, centré sur les affrontements entre eux des mineurs, leur dépendance au bateau ravitailleur qui apporte les marchandises venues du reste des U.S.A. est bien moins prenante, car très avare en éléments explicatifs qui permettraient de comprendre les enjeux qui se cachent derrière les revendications de propriétés. Il semble que certains mineurs s’installaient sans acquérir le terrain car l’administration était absente de la région. Lorsqu’elle s’est installée au Klondike, certains peu scrupuleux ont fait en sorte de devancer les chercheurs pour l’achat de leur terrain, afin d’acquérir leur mine à leur nez et à leur barbe. Ils devenaient officiellement propriétaires d’une mine qui était exploitée par d’autres mais n’appartenait à personne.

Tout comme ce film, qui semble n’appartenir à personne, tant la réalisation et la mise en scène laissent totalement indifférents. Il n’y a aucune personnalité, aucune imagination, ce n’est ni bon ni mauvais, c’est juste fade et sans saveur. On ne peut même pas se dire qu’il y a une direction d’acteurs, ils sont tous si naturellement bons qu’ils n’ont pas besoin qu’on leur dise comment interpréter un texte. Le seul mérite de Ray Enright est de les avoir réunis, pour le reste il aurait pu tout aussi bien filmer ses vacances que ça n’aurait pas été moins palpitant. Reste alors Marlène qui resplendit pendant une petite heure et demie et qui laisse sa beauté imprimée sur la rétine longtemps après le mot « fin ».
Jambalaya
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le 22 mai 2013

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Jambalaya

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