En 1943, alors que l'Italie vit les derniers moments du fascisme avec la destitution de Mussolini, une veuve décide de quitter Milan par peur de représailles et décide d'aller dans un superbe domaine familial sur la plaine de Pô avec son fils, un neveu et un ami. Mais dans cette contrée épargnée arrivent plusieurs sans-abris issus de villes bombardées, et contre l'avis de sa mère, son fils décide d'héberger une famille en fuite, où se trouve une jeune femme dont il tombera amoureux.
Inédit en France depuis des décennies, Les égarés est un très bon film sur un versant plutôt méconnu pour nous autres français concernant l'Italie durant la guerre. A savoir la fuite de ses habitants pour échapper aux conséquences collatérales de la fin du fascisme. C'est aussi l'occasion de voir un très jeune Jean-Pierre Mocky, qui avait déjà une longue carrière dans les années 1950 au sein du cinéma italien dans un rôle qu'aurait pu jouer un Alain Delon, d'autant plus qu'ils se ressemblaient. Mais aussi de le voir dans un registre plus touchant, celui d'un homme qui va envers et contre tous défendre des victimes face à la rigueur de sa famille et aux risques de dénonciation. Il y a aussi la très belle Andrea Bosè, dont la teneur de ses relations avec Mocky en font un personnage touchant, car il y a quelque chose de fort en contexte de la violence des conflits qui se rapprochent, donc profiter du temps présent, car qui sait ce que le lendemain réserve.
En tout cas, le terme mélodrame n'est pas de trop pour parler de ce très beau film, méconnu dans la carrière de Mocky, et de plus très bien réalisé par Francesco Maselli dont le dernier plan a de quoi marquer les rétines, avec un brouillard épais, signe d'un avenir incertain...