Quelle claque ! Je n’en reviens pas d’avoir découvert ce film si tard.
Dans la Suède du milieu du XIXᵉ siècle, où Karl Oscar et Kristina se marient et fondent une famille. Les enfants, tous blonds aux yeux bleus, s’enchaînent au point qu’on en perd le compte. Leur vie, c’est une petite ferme dans le sud du pays, partagée avec une communauté d’à peine une centaine d’autres personnes. Mais la terre est ingrate, stérile : les récoltes échouent, les outils se brisent sur un sol parsemé de roches. Face à cette misère, une idée finit par s’imposer : partir pour l’Amérique.
Évidemment, rien n’est simple. Comment trouver l’argent ? Quand partir ? Et puis, comment laisser derrière soi une partie de la famille et cette communauté soudée ? La famille de Karl Oscar et Kristina finit par se résoudre à tout quitter, embarquant avec d’autres villageois vers le « Nouveau Monde ».
On peut presque découper le film en trois grandes parties : la naissance de la famille et le quotidien rude en Suède, le voyage en bateau et enfin l’arrivée aux États-Unis. Ce qui est incroyable, c’est le sens du détail : Jan Troell nous montre la vie rurale du XIXᵉ siècle sans fard, la dureté du travail de la terre, la lenteur du temps. On sent le vent s'engouffrer dans cette maison pauvrement construite. On sent ce matelas de paille inconfortable, cette couette en peau de bête qui semble être leur seul refuge contre le froid. Puis, pendant le voyage, le film s’attarde sur tout ce qui fait la réalité de l’exil : la faim, le mal de mer, les maladies… et même les poux, motif à la fois de honte et de rejet immédiat.
Et une fois débarqués, ce n’est pas la fin du périple : il faut encore traverser un pays inconnu, dont on ne parle pas la langue, pour enfin espérer s’installer quelque part. Il faut prendre le ferry, trouver la nouvelle monnaie locale pour payer, marcher dans la forêt pendant des jours avec les enfants pour planter son drapeau et faire sien un bout de ce nouveau monde. Le film présente
À côté du couple central, le film brosse aussi des portraits magnifiques et touchants, comme ceux d’Arvid et Robert, vus comme de simples ploucs que les filles raillent, les accusant de n’avoir que la vache pour seule compagnie. On aussi des amités, des inimités, des conflits de classe, de statut social.
Enfin, il faut saluer le travail extraordinaire sur l’image : ce tout premier plan sur Liv Ullmann, qui traverse le cadre en se balançant, baignée par une lumière dorée filtrée à travers les feuilles… Sans doute la meilleure inconisation de Liv Ullman. Et évidemment le mari est joué par Maw Von Sydow. On a donc les deux visages les plus marquants du cinéma suédois à l'écran. Que demande le peuple ?
Avec ses trois heures, Les Émigrants prend le temps de faire ressentir ce que c’est vraiment que la vie d'un couple de paysan émmigrant aux Etats-Unis au XIXe sicèle. Un film à la fois épique et profondément intime, et qui n'est que la première partie d'un dyptique monumental.