Les enfants du paradis, quel chef d'oeuvre ! Il m'aura fallu perdre un défi pour enfin le voir. Ce film nous rappelle à quel point le cinéma français est immense, que (certains de) nos acteurs respirent la classe et que (certains de) nos scénaristes et dialoguistes sont talentueux (coucou Monsieur Prévert).
Ce film, c'est avant tout un superbe hommage au théâtre, aux spectateurs les moins aisés, ceux du troisième étage, "le paradis". Mais aussi aux artistes, à "ce métier qui serait formidable si l'on pouvait mangeait à sa faim" répondra une actrice à Pierre Brasseur.
Mais Les enfants du paradis c'est bien plus que ça. L'histoire tout d'abord tourne autour de trois personnages magnifiquement écrits, tantôt exaltant de bonheur, tantôt torturés. Pierre Brasseur (Frédérick), époustouflant de classe en serial charmeur. Jean-Louis Barrault (Baptiste), jeune et gentil pantomime qui croit tellement en l'amour. Et enfin Arletty (Garance), sujet des convoitises de bien des hommes. Le liant de ces personnages, c'est l'amour. Mais ici, on est à environ 3 années lumières de toute mièvrerie, toute simplicité, toute niaiserie. C'est juste vrai et beau. Ce trio de personnages est absolument délicieux à l'écran. Frédérick et Baptiste ont des conceptions de l'amour assez éloignées et c'est son père qui le résumera le mieux quand les deux se retrouveront sur scène et jouer ensemble:
"Et celui-à, vous ne croyez pas qu'il est prodigieux lui aussi ?
- Évidemment, il a quelque chose dans le ventre. Mais, ce n'est pas un mime...
- Nan ? Qu'est-ce que c'est alors ?
- C'est un acteur !"
Ce qui m'a tenu en haleine durant 3h20 au-delà de l'histoire et les personnages, ce sont les dialogues de Prévert. Du pur bonheur ! On sent que que chaque phrase a été travaillée, pensée et ça en fait du boulot. Et Carné qui nous met tout ça en scène sublimement. Rajoutons une musique sublime qui me trotte encore dans la tête et l'alchimie est là. J'ai pris mon pied devant ce chef d'oeuvre du cinéma français, je n'ai pas décroché une seconde.
Finissons sur une note de Prévert :
"Il y a toute une gamme, toute une science, tout un style des coups de pieds au cul !"