Children of a Lesser God interroge cette distance qui sépare les sourds-muets du reste de la société par le biais d’un cadre géographique pertinent, puisque la localisation de l’école est située sur une île à laquelle accéder par bateau. Le handicap prend l’aspect d’un phénomène insulaire qui tend à isoler celles et ceux qui en souffrent, à les rassembler au sein d’un microcosme disposant de ses propres règles morales et relationnelles. Tout l’enjeu du film, comme de la pièce ici adaptée, réside dans le rétablissement d’une communication jusque-là rompue entre l’île et le continent, c’est-à-dire entre une femme traumatisée par une expérience périlleuse de la parole et un professeur fraîchement débarqué qui en tombe aussitôt amoureux. La mise en scène intègre régulièrement de courtes séquences d’entraînement sportif comme métaphore filée et du combat mené pour s’entendre et de la violence qui gouverne involontairement les relations entre Sarah Norman et James Leeds, l’une souhaitant faire entrer le nouveau venu dans son silence, l’autre intégrer la jeune femme en situation de handicap aux bruits de son monde à lui – par le biais de la musique notamment.
De cet apprivoisement réciproque naît une romance mielleuse qui se substitue rapidement aux enjeux pédagogiques affichés d’entrée de jeu par le récit, quitte la classe et ses élèves pour leur préférer la cabane bercée par les vents ou la salle de cinéma dans laquelle est diffusé Some Like It Hot (Billy Wilder, 1959). Cette évolution stéréotypée empêche William Hurt de trouver le ton juste et de s’extraire de la caricature d’un professeur foldingue anticipant le personnage campé par Robbie Williams dans ce qui deviendra, trois ans plus tard, Dead Poets Society (Peter Weir, 1989). La monotonie de l’ensemble ne restitue pas par l’esthétique les secousses intérieures d’un couple principal qui, pour émouvoir, nécessite tout l’enrobage sentimentalisant cher à Hollywood, en témoigne la clausule. Une demi-réussite.