La vie rayonnante de deux enfants avec leurs chèvres dans la montagne. Et des terroristes…
Le choc que provoquent les premières images des Enfants rouges est des plus forts que j’aie vécus au cinéma. Et cela sans effet appuyé : simplement par le télescopage d’images qui construit une vision tragique, donnant au film une intensité qu’il maintiendra jusqu’à la fin. Elle tient notamment à la tension née de la force des sentiments – de douleur, de tendresse, de haine, de vengeance – qui se lisent sur des visages d’acteurs (presque tous non professionnels) incroyablement expressifs et saisis par une caméra qui, avec pudeur, leur donne une forte présence à l’écran.
J’ai été happé par le film, ayant juste à regretter d’une part une musique (heureusement parcimonieuse) à laquelle je préférais les bruitages (rendant les bruits des bêtes, des humains, de la nature) qui accompagne le récit, à bien plus haute valeur musicale et filmique ; d’autre part la dimension esthétisante (le bougé d’un paysage, d’une lumière, de rideaux, de mains…) des scènes de caméra subjective destinées à rendre les images du cousin mort qui viennent de l’imagination ou de la mémoire de l’enfant personnage principal.
Mais ces réserves n’enlèvent rien à la qualité d’un film qui, par des images assez simples finalement, construit un monde vrai – non parce que le film a été inspiré par des faits réels, mais parce qu’il résonne avec la vérité toute personnelle de chaque spectateur. C’est à mes yeux là que réside la réelle dimension politique du film, bien plus que dans la dénonciation des autorités ou dans la description de la raideur des traditions familiales : le fait d’amener chacun à interroger quelle serait sa responsabilité dans une situation comme celle qui est donnée à voir.