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le 26 juin 2024
SuivreBourreau des corps
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Inspiré de faits réels, ce film traite de la Syrie, du régime totalitaire en cours depuis longtemps maintenant, qui ne cesse de faire des victimes, un pays en guerre constante, où ceux qui s’opposent au gouvernement ou que l’on ne fait que soupçonner, finissent par se faire arrêter et pire encore, subissent des tortures innommables, pour leur faire avouer à peu près n’importe quoi. Dans ce cadre, certains survivants se sont constitués en groupes secrets, pour traquer leurs bourreaux, ceux qui se sont enfuis, ceux qui essaient de prétendre à une autre vie, vengeance ou justice, on ne sait pas réellement ce qui les anime, si ce n’est que c’est dorénavant leur seul raison de vivre, de survivre même. Un récit qui place l’espionnage au rang d’art, très loin de ce que l’on peut connaître habituellement, ici, c’est à échelle humaine, celle de ces survivants qui n’ont jamais vu leurs tortionnaires, qui doivent baser leurs recherches avant tout, sur leur ressenti, leur odorat, leur toucher, leur ouïe, le moindre élément qui peut leur rappeler ce qu’ils ont vécu pendant tant de jours, aux prises avec ces hommes, qu’ils ont fini par connaître sur le bout des doigts. Une intimité forcée, douloureuse, insupportable, mais qui leur sera utile ici, parce que la mémoire sera presque leur seul indice au départ, même si au fil des recherches, des moyens mis en place par ce groupe extrêmement bien organisé, on se rend compte que le travail de fourmi qu’ils exécutent est extraordinaire de minutie. La réalisation de Jonathan Millet est bluffante de réalisme, de sensibilité, il a mis en lumière un univers si difficile, avec beaucoup de sobriété, sans fard, sans fioritures, simplement dans la brutalité des faits, mais sans jamais une once de voyeurisme, en suggérant, en faisant imaginer. Visuellement, c’est un résultat presque sensitif, il fait travailler nos sens, autant que ces victimes, tout est une question de perception et c’est une sensation extrêmement déroutante, mais d’une immersion extraordinaire, qui ne peut nous laisser indifférent, face à ce que tous on pu subir. En ce qui concerne le scénario, il est parfaitement écrit, intelligent, c’est un thriller d’espionnage d’une qualité humaine rare, une quête de vérité, de justice, de vengeance, où tout se mêle, toujours sur la corde raide, on sent que chacun pourrait craquer à tout instant, tant les enjeux sont immenses et surtout, tant la souffrance est insoutenable. Ainsi, entre deuil et résilience, ces êtres qui ont survécu de justesse, devenant malheureusement des fantômes, des survivants sans véritable but, si ce n’est de faire tomber ces bourreaux abjects, sans moralité, c’est un récit bouleversant, d’une extrême justesse, au rythme haletant. Quant au casting, il est extraordinaire, Adam Bessa tient quasiment le film sur ses épaules avec un talent inouï, Tawfeek Barhom est lui aussi d’une crédibilité effarante et le rôle de Julia Franz Richter m’a profondément touché.
En bref : Un film qui place l’espionnage au rang d’art, celui de survivants prêts à tout pour retrouver ceux qui les ont tant fait souffrir, eux qui croient s’offrir une seconde vie, alors que leurs victimes meurent à petit feu des séquelles physiques, psychologiques infligées, seul but à cette existence de fantômes, ils doivent compter sur leur mémoire, pour avancer dans leur quête, pour rendre justice enfin, mais aussi pour faire ce deuil presque impossible, celui d’une vie normale et sans souffrance !
Avis complet sur le blog : https://vampiloufaitsoncinma.com/2024/09/03/les-fantomes/
Créée
le 3 sept. 2024
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