7
le 26 juin 2024
SuivreBourreau des corps
Hamid dit qu’il cherche son cousin. Ensuite il dira qu’il cherche un ami. Ensuite encore on comprendra qu’il traque son bourreau. Celui qui, pendant des mois et des mois, l’a torturé dans la prison...
Vendu par sa bande annonce comme un film hyper-tendu, qui raconte la traque d'un ex-tortionnaire de Bachar el-Assad par un groupe secret de Syriens décidés à se venger des sévices infligés aux innocents dans les prisons du régime, les Fantômes risque de décevoir - au moins un peu - ceux qui prendront au pied de la lettre son sujet. Car si le premier film de Jonathan Millet, très réussi, comporte un certain nombre de scènes respectant les codes du thriller d'espionnage (comme l'excellente "confrontation" entre les deux "fantômes" dans un restaurant strasbourgeois), ce n'est pas là, et heureusement, son seul sujet. Rapidement, les Fantômes nous parle de quelque chose de finalement plus fondamental, ou en tout cas plus universel : la capacité (ou non) que chacun a de reconstruire sa vie dans l'exil - même inconfortable - quand il a tout perdu, au delà du deuil le plus effroyable, au delà de l'amour qu'il ressent dans sa chair pour ceux qui sont restés derrière (dans les camps de réfugiés syriens au Liban, en l'occurrence...).
Et c'est cette tension-là, entre la possibilité d'une nouvelle vie et les atroces souffrances du passé qu'il est impossible d'oublier (ou bien qu'il coûte d'oublier, peut-être), dans le personnage de Hamid (Adam Bessa, intense, même si un tantinet dans un registre monocorde), qui est la plus riche, car la plus féconde, dans le film, et que le scénario, très bien écrit, de Jonathan Millet et Florence Rochat, finit par embrasser pleinement, dans une dernière partie, réparatrice, sans tomber dans la niaiserie "feelgood".
Les amateurs de thriller auront la réponse à leurs questions, qu'ils soient rassurés, mais les autres cinéphiles auront la plus belle satisfaction qui soit, celle de voir que, une fois justice faite, une fois le chagrin enterré dans le sable du pays d'où l'on vient et où l'on ne retournera sans doute jamais, la vie continue.
[Critique écrite en 2025]
Créée
le 29 mars 2025
Critique lue 107 fois
7
le 26 juin 2024
SuivreHamid dit qu’il cherche son cousin. Ensuite il dira qu’il cherche un ami. Ensuite encore on comprendra qu’il traque son bourreau. Celui qui, pendant des mois et des mois, l’a torturé dans la prison...
2
le 5 juil. 2024
SuivreTout est bien : le thème (géopolitique), l'acteur (charismatique), l'image (chiadée mais pas trop), les décors (réalistes mais un peu fantastiques), les figurants, les raccords, la régie, tout est...
7
le 29 juin 2024
SuivreDe tension, il en est constamment question dans Les Fantômes, avec son héros syrien, survivant et exilé, aux prises avec un deuil personnel et un désir de vengeance qui rejoint une quête collective...
9
le 15 sept. 2020
SuivreCette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...
7
le 29 nov. 2019
SuivreCe commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...
5
le 15 janv. 2020
SuivreIl y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème