Bon, soyons clairs tout de suite : Les Femmes, c’est pas un film, c’est un prétexte. Un prétexte à aligner des courbes, des cils recourbés et des fesses bien cadrées dans des petites culottes pastel. On est en 1969, Brigitte Bardot est encore un fantasme national (quoiqu’un peu en bout de course, disons-le), et le réalisateur Jean Aurel se dit qu’il est grand temps de faire un film… sans trop de film dedans.
Techniquement, ça se veut une comédie romantique à la française, un peu flâneuse, vaguement existentielle — mais en vrai, c’est surtout un catalogue de jolies femmes, filmées comme des vitrines de printemps. Le scénario ? Un homme (Maurice Ronet, qui joue ici le cliché du mâle déboussolé par sa propre libido) qui cherche à écrire un livre sur les femmes... tout en les collectionnant. Voilà. C’est ça. Le pitch entier tient sur un ticket de métro. Le tout entre deux avions, trois hôtels, et beaucoup trop de gros plans sur des jambes.Côté casting féminin, on est servis : Bardot, évidemment, qui traîne sa légende et son brushing dans des scènes où tout le monde la regarde marcher, comme si elle était un événement climatique. Annie Duperey est là, sublime comme toujours, mais semble avoir été engagée pour prononcer trois phrases maximum. Joëlle Latour ? Pareil. Belle, muette. On dirait que chaque actrice est là pour une photo de couverture, pas pour un rôle. Même Jean-Pierre Marielle fait une petite apparition — et c’est peut-être la seule chose qui respire un peu la comédie dans ce film.
Esthétiquement, c’est pas désagréable. On voyage : Rome, Paris, quelques intérieurs élégants, des chambres d’hôtel bien éclairées. La caméra de Jean Aurel (qui co-signe aussi le scénario avec Paul Gégauff, l’acolyte de Chabrol), est parfois inspirée, parfois complètement en roue libre. La musique d’Antoine Duhamel, un habitué de Truffaut, tente d’ajouter une touche de légèreté — mais elle finit souvent par tourner à vide, comme le film.
Le problème — ou le charme, selon ce qu’on vient chercher — c’est que tout ça sent la fin de règne. C’est le swingin’ sixties français, version mâle alpha en perte de repères. Le féminisme ? Inconnu au bataillon. Le film s’appelle Les Femmes, mais ce sont surtout les fantasmes de quelques hommes sur les femmes. C’est un film de mec, pour les mecs, par des mecs, et même les dialogues le confirment : creux, machos, vaguement poétiques si on est indulgent.
Reste quelques scènes un peu savoureuses : Bardot qui déambule dans Rome, suivie du regard halluciné d’une foule italienne en délire — un vrai documentaire sur la minijupe comme événement public. Une sorte d’instant volé qui fait sourire, et qui vaut presque à lui seul la séance. Mais le reste ? Lent. Décousu. Creux.En résumé, Les Femmes, c’est un peu comme feuilleter un vieux magazine de mode des années 60 en espérant tomber sur un article profond : y a des belles images, beaucoup de jambes, mais pas grand-chose à lire.