Je l'ai lancé sans rien en savoir, l'affiche donnant suffisamment envie de le voir.


C'est un film particulier. On sent l'énergie et la volonté de faire un truc un peu punk, un peu fou, et super engagé (féminisme), mais en même temps ce film est le contraire de ce qu'il veut être. C'est assez bizarre comme ressenti.


Le découpage comporte pas mal d'idées sympas et le montage opère parfois comme un collage vulgaire, à la manière d'une couverture de CD d'un groupe Punk, avec des images collées grossièrement ; sans qu'en même temps, Merlant ne s'éloigne pas tant que ça des convention cinématographiques et propose des plans léchés, des mouvements de caméra complexes qui ont certainement demandé une chorégraphie, une coordination précise pour que tout soit au beau fixe. On est donc loin de l'apparent je m'en foutisme. Les effets sont beaux, elle maîtrise la grammaire cinématographique et a su s'entourer d'une équipe compétente, ça fait du bien, mais c'est frustrant d'avoir cette opposition entre liberté et convention.


Les actrices sont toutes les trois formidables, dans l'excès, ça agace un peu mais on ne peut pas vraiment lui reprocher cette radicalité de jeu, c'était nécessaire pour un tel sujet. Mais du coup, pour un film aussi engagé, on se demande pourquoi... ce n'est pas plus varié au niveau du casting. Je n'aurais jamais cru un jour reprocher ça à une cinéaste, car je pense que la variété d'acteurs doit se faire naturellement, mais ici où le propos est poussif, je suis surpris que les trois actrices principales soient des blanches avec un corps répondant aux standards de la beauté. Alors oui, il y a une diversité dans les tenues, chacune a son style, d'ailleurs on ne croit pas du tout à cette parfaite entente de femmes (ça donne l'impression que l'auteure nous dit que les femmes sont toutes unies contre le patriarcat ce qui est plutôt faux, les femmes peuvent bien se chier dessus l'une l'autre) mais vraiment ce qui surprend c'est que la seule black soit vite zappée et que les autres personnages de couleurs sont là pour la figuration seulement. En soi, ce n'est pas très grave, mais il est dommage qu'un film aussi engagé ait manqué ce point.


Pour en revenir à l'ouverture du film avec la seule black que je pensais initialement être une des héroïnes (n'ayant plus l'affiche en tête au moment d'appuyer sur 'play'), ça m'a vraiment surpris que son intrigue soit si vite expédiée. Pourtant elle a de l'intérêt, puisqu'elle annonce ce qu'il va se passer et justifie le comportement des héroïnes ; en effet, la pauvre femme se fera arrêter plus tard, on suppose sans réussir à se défendre correctement malgré que son mari était une brute... mais cette scène d'arrestation arrive bien trop tard. Après que les jeunes femmes aient décidé de ne pas appeler la police. Et on ne comprend pas ce choix, à part le fait que c'est comme ça dans les films en général, il n'y a pas un solide argumentaire pour justifier les actions de chacune.


Mais ce n'est pas tout, l'auteure laisse s'échapper son concept. Au début, j'ai cru à un Fenêtre sur cour avec des femmes, dans leur quotidien, on ne quitterait donc jamais l'appartement. Et l'auteure tient le coup presque tout le temps, mais par moment, on descend, on va dans un autre appart. Ok pour l'autre appart', mais les séquences dans la rue, filmées dans la rue, étaient franchement dispensables. Autre méfait, on nous présente deux buildings en face à face, où tout le monde matte tout le monde. Cela aurait dû être exploité tout du long. Mais allez savoir pourquoi, une fois la 'romance' enclenchée, on a l'impression qu'il n'y a plus que 4 personnes aux fenêtres : les trois nanas et l'objet de leur convoitise. Si bien que le mec meurt sans que personne ne s'en rende compte, ni les voisins d'à côté malgré la musique et le bruit avant le calme plat, ni les voisins d'en face malgré l'exposition clairement établie en début de métrage. En fait, le côté balcon n'aura plus aucun intérêt une fois le côté thriller amorcé. Et c'est dommage.


On peut reprocher aussi un trop plein d'idées : des messages, du meurtre, des copines fofolles, des seins nus, une bite coupée, des fantômes, des fêtes, ... c'est bien de nourrir un récit, mais là on a vraiment l'impression que l'auteure ne se fixe aucune limite ; le coup des fantômes, aussi intéressante cette idée puisse-t'elle être, déçoit ici car est pauvrement exploitée, ne fait que souligner ce que l'on avait déjà compris. À nouveau on peut comparer ça avec une pochette de disque punk, sauf que ce n'est pas assez délirant, pas assez anarchiste.


Et donc, malgré les nombreux plans gratuits sur des seins, je n'ai pas beaucoup ressenti d'émotions face à ce film. Même les paires de seins m'ont paru trop présentes. On sent que c'était juste pour dire : ouais on est des femmes et on a le droit de se balader torse nu aussi si on le veut. Oui ok, mais dis quelque chose à ce sujet plutôt que de trouver chaque prétexte pour le faire. Sinon c'est juste de l'exhib sauf que le thème n'est pas tellement exploité (malgré la cam girl). Ou alors fais un porno. Moi je veux bien voir un porno avec ces trois actrices là.


Bref, c'est fou et délirant en apparence, mais en fait quand on prend le temps d'analyser on se rend compte que c'est surtout un produit un peu convenu, pas aussi rebelle que ce qu'on voudrait nous faire croire. L'image est lisse, le casting est lisse, les résolutions sont lisses, ... évidemment les conservateurs seront choqués, mais juste voir une femme penser pour elle-même suffirait à les choquer... Mais ça se regarde, les yeux dans les seins.

Fatpooper
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le 1 mai 2025

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Fatpooper

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