Deuxième long-métrage de Mohamed Nadif, Les femmes du pavillon J commence par une virée nocturne de 4 femmes dans Marrakech. Une scène surprenante puisque le film est censé se dérouler dans un hôpital psychiatrique. Rien à voir en tous cas avec Vol au-dessus d'un nid de coucou, même s'il est permis d'y penser, au détour d'une scène ou deux, ses protagonistes n'étant pas folles mais en dépression grave, après un traumatisme que le film va expliciter progressivement. Ce film choral, remarquable par sa fluidité narrative, s'impose notamment par sa capacité à nous raconter 4 histoires en parallèle, sans jamais perdre le fil, et toujours avec pudeur, sachant ne pas alourdir son climat, malgré les drames en suspens, et se permettant des échappées (nocturnes, donc) joyeuses et parfois vengeresses, avec à la clé une volonté, que l'on pourra juger candide (cela fait partie du charme du film) pour positiver. Leurs nuits sont plus belles que leurs jours et prennent la forme d'un exorcisme contre le destin. Il n'empêche que ces différents portraits de femmes blessées font également ressentir, et pas qu'un peu, le poids d'une société patriarcale et de familles traditionalistes et oppressantes. C'est une œuvre qui, paradoxalement vu les thèmes évoqués(homosexualité, inceste, mort d'un enfant, a quelque chose d'un feel good movie, avec la solidarité et l'amitié qui unissent ses héroïnes. Et l'interprétation, splendide, n'est pas pour rien dans ce sentiment.