Si j'avais pensé revoir un Kaurismaki... par hasard, ramenant des souvenirs de mes années 90. Quelque chose m'a poussé à revenir dans cet univers... et quel pays connu, retrouver les mêmes personnages, le même fond social de misère, ce réalisme qui devient poétique, en rejouant un film ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, sublimant les choses les plus simples, arrivant à l'archétypal d'une rencontre amoureuse. Dire tant, avec si peu, peu de réalisateurs le font si bien. La laideur d'une époque qui me répugne, la violence des situations que les personnages endurent parce qu'ils ne connaissent que cela. Tout passe par les postures, les gestes, tout se devine et se lit, dans ces corps fatigués, dans ces regards qui remplacent les mots qui ne viennent pas. Et pourtant, comme ils se comprennent, ces deux là.
Alors ce décor urbain sordide et ces vies quotidiennes accablantes, sont transcendés par ce qui passe de l'un à l'autre, réveillant leurs aspirations oubliées ou noyées dans l'alcool. C'est d'abord un chien perdu qui ramènera la chaleur affective, à la femme, son potentiel d'amour - non inconditionnel : "je ne veux pas d'un ivrogne"- qui est la vraie soif de cet homme.
Alors on veut croire, que dans ce monde déshumanisé (que figure bien le film de zombies), par le lien cherché sans le savoir, offert par désespoir, la raison de vivre peut se reprendre comme la main de l'autre.